An Interview with Jean-Jacques Dordain

Jean-Jacques Dordain
27 March 2014

Jean-Jacques Dordain recently gave an interview in French to AGENCE News Press. Here is the interview in its original form.

Qu'est-ce que l'Agence spatiale européenne, comment a-t-elle vu le jour et quel est son rôle ?

Tout a commencé il y a 50 ans, lorsque six pays européens - l'Allemagne, la Belgique, la France, l'Italie, les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont fondé une première organisation spatiale pour développer des lanceurs.

Puis, avec le Danemark, l'Espagne, la Suède et la Suisse, ces mêmes pays ont fondé une organisation pour le développent de satellites scientifiques.

Ces deux organismes ont évolué pour devenir en 1975 l'Agence spatiale européenne (ESA) L'ESA bénéficie d'un mandat plus large qui va au-delà des satellites scientifiques et des lanceurs, couvrant également les satellites de télécommunications et de localisation, d'observation de la terre et de météorologie, ainsi que les vols habités et la technologie spatiale. En 1979, le Canada commença à participer aux programmes de l'ESA en tant qu'État coopérant. Au fil des ans, de nombreux pays ont rejoint les six États fondateurs, de sorte que l'Agence compte aujourd'hui 20 États membres. Et cette croissance n'est pas terminée, puisque plusieurs autres pays européens ont également exprimé leur volonté d'adhérer à l'ESA dans un avenir proche.

En coordonnant les ressources financières et intellectuelles de nos pays membres, nous pouvons entreprendre des programmes et des activités qui vont largement au-delà de ce que pourrait réaliser chacun de ces pays à titre individuel et d'en fournir les bénéfices à l'ensemble des citoyens européens.

Les projets de l'ESA visent trois grands objectifs: 1/pousser les frontières de la connaissance, 2/améliorer la compétitivité de l'industrie européenne et 3/fournir des services quotidiens aux citoyens. Ces objectifs se déclinent en programmes des Sciences de l'Univers, des Sciences de la Terre, de Météorologie, des services opérationnels pour l'environnement et la sécurité des télécommunications, des lanceurs et des vols habités.

Que nous réserve l'année 2014 ?

Pour l'ESA, 2014 n'est pas une année comme les autres, puisqu'elle marque le cinquantenaire de la coopération européenne dans le secteur spatial. Pour célébrer ces 50 années de réussite, nous sommes en train d'organiser des événements phares dans trois grandes villes européennes (Paris, Berlin et Genève), en mettant l'accent à chaque fois sur un aspect différent de la coopération spatiale européenne : la politique, l'industrie et la science. En outre, nous fêterons ce jubilé tout au long de l'année à travers des cérémonies qui auront lieu au siège de l'ESA à Paris, ainsi que dans nos établissements en Hollande, en Allemagne, en Italie, en Espagne et au Royaume-Uni et dans nombreux autres pays membres de l'ESA.

La devise de ce cinquantenaire, « Au service de la coopération européenne et de l'innovation », souligne le rôle stratégique que joue et continuera de jouer l'ESA en coordination avec ses Etat membres, l'industrie et la communauté scientifique. Derrière cette devise se cachent les clés de la réussite de notre Agence : compétence, coopération, continuité et intégration.

Dans tous les domaines d'activités, l'année 2014 s'annonce riche en événements. En janvier, les opérateurs du centre de contrôle de l'ESA en Allemagne ont confirmé le réveil de la sonde Rosetta, notre « chasseur de comètes », qui avait été mise en hibernation et ont repris son contrôle. En orbite depuis 2004, Rosetta atteindra l'été prochain sa cible, la comète Churyumov-Gerasimenko. Après avoir pris en chasse et étudié la comète pendant qu'elle se rapproche du Soleil, l'orbiteur enverra - en novembre - un atterrisseur se poser sur son noyau afin d'analyser sa composition et sa structure ; la mission comportera notamment un forage d'une vingtaine de centimètres, visant à analyser ce qui se cache sous la surface de la comète.

Début avril, le premier satellite Sentinel-1 sera lancé par un lanceur Soyouz, depuis le port spatial de l'Europe à Kourou, en Guyane française. Cette mission ouvrira une nouvelle page du programme phare de l'UE Copernicus qui fournira des services opérationnels dans le domaine de la surveillance globale pour l'environnement et la sécurité. Sentinel-1 fournira une couverture radar de l'Europe et du Canada, quelles que soient les conditions météorologiques, et se distinguera par une diffusion de données très rapide.

À la fin du mois de mai, l'astronaute de l'ESA Alexander Gerst, de nationalité allemande, s'envolera pour une mission de six mois à bord de la Station spatiale internationale (ISS). Alexander Gerst est le deuxième astronaute de la promotion 2009 du Corps des astronautes de l'ESA à être affecté à une mission. Cette nouvelle génération d'astronautes européens compte également dans ses rangs Thomas Pesquet, originaire de France, qui vient être affecté à une mission en 2016.

Le cinquième véhicule de transfert automatique (ATV) sera lancé en juillet pour approvisionner la Station spatiale internationale en eau, oxygène, nourriture et matériel d'expériences scientifiques. Comme ses prédécesseurs, cet ATV sera lancé par une Ariane 5 depuis la Guyane française, s'amarrera à l'ISS et y restera attaché pendant environ six mois permettant de transférer 7 tonnes de fret et de « rebooster » l'orbite de l' ISS, avant de rentrer dans l'atmosphère, chargé de plusieurs tonnes de déchets de la Station, et de s'y consumer dans le cadre d'une procédure contrôlée.

C'est également l'été prochain que sera lancée la première paire de satellites de la phase FOC (pleine capacité opérationnelle) du programme Galileo, l'autre programme phare de l'UE, qui succède à la phase de validation en orbite, durant laquelle quatre satellites avaient été lancés. Une deuxième paire (FOC 3&4) sera mise en orbite à l'automne et les services préliminaires Galileo seront disponibles fin 2014/ début 2015.

Le quatrième lancement de Vega est programmé pour le mois de septembre. Le petit lanceur européen emportera alors le véhicule expérimental intermédiaire (IXV), qui atteindra une altitude d'environ 450 km avant de retourner sur Terre, permettant ainsi de tester et qualifier de nouvelles technologies critiques pour de futurs véhicules de rentrée. Grâce à son parachute, il amerrira dans l'Océan Pacifique, où il sera récupéré.

En novembre, lorsqu'Alexander Gerst aura terminé sa mission à bord de l'ISS, Samantha Cristoforetti, astronaute de l'ESA de nationalité italienne, prendra sa place à bord de la Station spatiale. Samantha Cristoforetti fait également partie des six astronautes de l'ESA recrutés en 2009. Après avoir terminé son entraînement de base en 2010, elle a reçu une formation spécifique sur le véhicule spatial russe Soyouz, les systèmes ISS, la robotique et les sorties extravéhiculaires, à l'issue de laquelle elle a été affectée à cette mission.

Au tout début du mois de décembre, les ministres de l'ESA en charge des affaires spatiales se réuniront au Luxembourg lors d'un Conseil. Les décisions porteront sur trois dossiers décisifs pour les dix années à venir : les futurs lanceurs, l'exploitation de la Station spatiale internationale jusqu'en 2020 et l'évolution de l'ESA, en particulier en ce qui concerne ses relations avec l'Union européenne.

Qu'en est-il de la coopération internationale ?

L'ESA coopère de plus en plus avec d'autres agences spatiales. Une coopération fructueuse s'est développée avec la NASA aux États-Unis depuis 50 ans, et plus récemment avec Roscosmos en Russie, la JAXA au Japon et la CNSA en Chine, pour ne citer que les coopérations majeures. Le Canada est un partenaire encore plus porche puisque il est un Membre associé.

Emblème de cette coopération, la Station spatiale internationale qui réunit cinq partenaires -Europe, USA, Russie, Japon et Canada- nous permet d'apprendre à vivre et travailler ensemble dans l'espace sur de longues périodes. Cette réalisation technique parmi les plus audacieuses et les plus complexes de l'histoire de l'humanité est aussi l'un des exemples les plus réussis de coopération entre des gouvernements d'une part et le monde industriel d'autre part.

Autre exemple marquant, l'ESA coopère avec Roscosmos (Russie) sur le projet ExoMars, auquel la NASA apporte également sa contribution. Ce projet comportera deux missions - prévues pour 2016 et 2018 - qui viseront à explorer l'environnement martien, en se concentrant en particulier sur des questions d'astrobiologie puisqu'il s'agira notamment d'essayer de déceler la présence de formes de vie sur la planète rouge.

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