5000ème parabole pour « Monsieur Microgravité » !

La 5000ème pour Vladimir Pletser, et toujours pas malade !
31 mars 2008

Il n’est pas (encore) allé dans l’espace, mais il se déclare prêt à y aller pour y faire de la science et de la technologie. Les expériences scientifiques et technologiques en impesanteur ainsi que les équipes de chercheurs en Europe, le chercheur belge Vladimir Pletser les connaît très bien.

C’est qu’en Europe, cet ingénieur et physicien de 52 ans détient le record du séjour en microgravité… dans les airs: une journée et quelque 4 heures, soit la durée de 18,6 orbites autour de la Terre !

Vladimir Pletser est devenu le « Monsieur Microgravité » à l’ESA. C’est un pionnier puisque, depuis 1985, il gère à l’ESTEC la préparation et l’organisation d’expériences en impesanteur lors de vols paraboliques en avion. Le 19 mars dernier, à bord de l’Airbus Zero-G de Novespace, le chercheur-expérimentateur Vladimir Pletser a effectué sa 5000ème parabole de microgravité. Comme Project manager des campagnes ESA de vols paraboliques, il était l’organisateur de la 48ème campagne ESA, qui vient de se dérouler à Bordeaux-Mérignac.

L’impesanteur « à faible coût »

Au cours d’une campagne de la NASA à bord du DC9/30 en 1995

Lors du deuxième des trois vols de cette campagne, la cinquième parabole a représenté sa 5000ème ! Une dizaine d’expériences ont été réalisées. Quatre concernaient des équipes de laboratoires universitaires belges. A savoir une innovation technologique (Prof. A. Preumont, avec un isolateur à vibrations) et une expérimentation de physique des fluides (Prof. Valentina Shevtsova) pour l’Université de Bruxelles, la capillarité de la mousse (Prof. N. Vandewalle, Université de Liège), la physiologie de la manipulation chez l’être humain (Prof. J.L. Thonnard, Université de Louvain-la-Neuve).

Vladimir Pletser lors de 31ème campagne ESA en octobre 2001 à bord de l’Airbus A300 ‘Zero G’

Le vol parabolique constitue l’accès « low cost » à l’impesanteur en tranches d’une vingtaine de secondes, chacune étant précédée et suivie par des phases brèves de pesanteur double (2 g). Il permet à des teams d’expérimentateurs d’aborder des recherches nouvelles, voire inédites. Non seulement de façon économique avec des équipements peu coûteux, mais surtout en n’ayant pas les contraintes technico-administratives, longues et fastidieuses, d’une participation à une mission en orbite avec des instruments d’un prix exorbitant. Une campagne de trois vols paraboliques – de 30 à 90 paraboles pour 10 à 15 expériences -, organisées par la société Novespace, coûte environ 100.000 euros. Ce qui situe à quelques centaines d’euros le kg testé en microgravité. Pour comparaison, le kg placé en orbite – à bord d’un vaisseau russe – est de l’ordre de 20.000 euros. Et à ce prix, il faut ajouter le coût de développement d’un équipement très compact et ultra-fiable.

Le « miracle » de la parabole aérienne

Cobaye au service d’une expérience de physiologie humaine du Pro
Cobaye au service d’une expérience de physiologie humaine du Professeur Jean-Louis Thonnard (UCL)

La réalisation d’une parabole - on en effectue une trentaine pendant un vol de deux heures et demie - nécessite une certaine dextérité du pilote de l’avion, en l’occurrrence un Airbus spécialement aménagé en laboratoire. Il s’agit de progresser dans les airs en faisant un « saut de puce ». On communique à l’appareil une impulsion initiale tout en lui faisant prendre un angle d’approximativement 45 degrés sur l’horizontale. Puis au cours de cette ascension, le pilote coupe les moteurs. C’est l’injection en microgravité. Plus aucune force n’agit sur l’avion: il est en chute libre et tout ce qui est à l’intérieur est en impesanteur par rapport à l’avion, les passagers et les objets qui ne sont pas attachés s’envolant librement. La durée de la microgravité, c’est-à-dire le temps de réaliser la parabole aérienne, est de 20 secondes. Chaque vol parabolique, qui compte 30 « sauts de puces », permet d’accumuler une dizaine de minutes en tranches d’environ 20 secondes.

Vladimir Pletser couché aux côtés de Frank De Winne
Vladimir Pletser couché aux côtés de Frank De Winne (à l’avant plan)

L’ESA a démarré ses vols paraboliques en 1984. C’est au Texas, à l’aide d’un Boeing KC-135 de la NASA qu’elle a entrepris six campagnes jusqu'en 1988. Cette année là, le CNES mettait à sa disposition une Caravelle spécialement aménagée, dite « Zero-G », sur la base de Brétigny, dans la banlieue parisienne. Avec cet appareil, 15 campagnes furent effectuées jusqu'en 1995. La société Novespace, filiale du CNES, exploite depuis septembre 1997 un avion plus spacieux qui est un Airbus A-300, certifié pour des campagnes de microgravité et basé à Bordeaux-Mérignac.

Des vols paraboliques sur neuf avions différents

Avec plus de 5000 paraboles à son actif et sans être indisposé, Vladimir Pletser a connu l’impesanteur durant 27 heures et 47 minutes. Plus longtemps que ces héros des années 60 qu’étaient les cosmonautes Youri Gagarine (1 heure 30) et Guerman Titov (25 heures), les astronautes Virgil Grissom et Scott Carpenter (près de 5 heures). Avec cette différence notoire qu’ils sont allés sur orbite et voyagé autour de la Terre à près de 28.000 km à l’heure.

Tout le charme d’une acrobatie en impesanteur, quand on n’est pa
Tout le charme d’une acrobatie en impesanteur, quand on n’est pas indisposé

Le Monsieur Microgravité de l’ESA n’a pas connu cette vitesse orbitale, mais il est le vétéran européen des campagnes paraboliques : « Ma première parabole date de mars 1986 lors de la troisième campagne organisée par l’ESA », précise V. Pletser.

S’il se défend d’être aujourd’hui le recordman mondial des paraboles, c’est pour ajouter: « Je pense que personne d'autre, dans le monde, n’en a effectué autant sur des avions différents », précise Vladimir Pletser. Il s'agit des appareils KC-135/930 (1986-1992) et KC-135/931 (1995) de la NASA, du DC-9/30 (1995) du NASA, de l'Iliouchine IL-76 MDK (1994) du Centre Youri Gagarine d'entraînement des cosmonautes, de la Caravelle 'Zero-G' (1989-1994) du CNES-CEV/Novespace, de l'Airbus A300 'Zero-G' (1997-2008) exploité par Novespace pour l’ESA et le CNES. Par ailleurs, il a fait des expériences sur un Cessna Citation II (2001) du NLR (Nederlands Lucht- en Ruimtevaartlaboratorium, sur un Short Skyvan autrichien (2004) et avec un Fouga Magister (1993) de la Force Aérienne belge.

Un vétéran qui communique avec la jeunesse

« Au cours des vols paraboliques, j'ai supervisé plus de 700 expériences et ai été le responsable en chef de 13 expériences. J'ai servi de cobaye pour 78 expériences médicales et physiologiques. Je fus l’opérateur scientifique de 63 expériences. »

On a procédé sur Vladimir Pletser à l’étude du système cardio-vasculaire et respiratoire, à la mesure du système vestibulaire d’équilibre, à des épreuves sur la fonction musculaire…

En mai 1991, la Belgique avait sélectionné ses cinq candidats-astronautes pour les programmes Columbus-Hermès

S’il est désireux d’aller dans l’espace, il se soucie avant tout de regarder devant lui. C’est pourquoi il communique, inlassablement, son enthousiasme - toujours intact - pour la microgravité en parlant aux jeunes dans les écoles et au grand public lors de conférences.

« Je m’inquiète du manque de vocations parmi les chercheurs et expérimentateurs en Europe. C’est pourquoi je vais à la rencontre des étudiants pour leur faire part de l’intérêt et de l’impact de l’innovation spatiale pour les sciences et les techniques, car je reste émerveillé par ce qu’on découvre et apprend grâce au nouveau monde de l’espace ».

Vladimir Pletser, avec le journaliste Théo Pirard, a publié « Bruxelles, une région dans l’espace », un livre de 212 pages qui fait mieux connaître les compétences de chercheurs, expérimentateurs et industriels belges dans le domaine spatial (Editions Racine, novembre 2006). Il est à l’origine de plusieurs concours qui ont permis à des rhétoriciens (classes de terminales) à faire leur expérience en microgravité.

Copyright 2000 - 2014 © European Space Agency. All rights reserved.