Argos : comprendre l’Océan Austral grâce aux éléphants de mer et aux satellites

Les balises sont fixées à l’aide d’une résine et tombent naturellement, au moment où l’éléphant de mer renouvelle son pelage
30 juin 2009

Grâce à des balises Argos spécialement conçues pour l’étude, une équipe internationale de chercheurs a suivi des éléphants de mer dans leur quête de nourriture et réussi à glaner des informations inédites sur l’Océan Austral.

« Les éléphants de mer sont des plongeurs remarquables, ils peuvent aller au-delà de 1 500 m de profondeur », s’enthousiasme Christophe Guinet, biologiste marin au CNRS. Mais ces performances ne font pas oublier au chercheur le déclin de certaines colonies d’éléphants de mer. Celles des îles Kerguelen et Macquarie, situées près de l’Antarctique, ont perdu la moitié de leurs effectifs depuis les années 70. Pour élucider ce mystère, Christophe Guinet et ses collègues britanniques et australiens ont décidé d’équiper une quarantaine de phoques de balises Argos (exploitées par la société CLS, filiale du CNES) uniques en leur genre.

« Cette nouvelle génération de balises* nous a permis de suivre le déplacement en mer de ces animaux, mais aussi d'étudier leur comportement de plongée et de mesurer la température et la salinité du milieu », explique Christophe Guinet.

L'éléphant de mer transmet aux chercheurs les informations par satellite

Plus de 16 000 nouvelles mesures de température et de salinité ont ainsi été récoltées en un temps record.

Dès que les éléphants de mer sortent la tête de l’eau pour reprendre de l’air, les informations glanées par leurs balises sont instantanément transmises aux biologistes via un satellite. Après trois ans de suivi, les chercheurs se sont alors aperçus que les phoques en déclin des îles Kerguelen et Macquarie allaient majoritairement pêcher à proximité de l’Antarctique et de sa banquise.

Seulement voilà, dans les années 70, la surface de la banquise a diminué d’environ 6 millions de km2, entraînant avec elle une diminution de la quantité d’algues, de krill** et de poissons. Les éléphants de mer venant s’alimenter dans la région auraient ainsi été victimes de la raréfaction de la nourriture.

16 500 nouveaux profils de température et de salinité

Les éléphants de mer passent seulement 10% de leur temps en dehors de l'eau.

La communauté des océanographes a elle aussi suivi de prêt les pérégrinations des éléphants de mer. Et pour cause, ces plongeurs hors pairs passent 90 % du temps sous l’eau et peuvent aller dans la zone des glaces qui borde le continent antarctique, là où aucun bateau ne peut se rendre. Grâce aux balises Argos, une équipe de chercheurs a étudié le mode de vie de ces animaux et réussi à glaner des informations inédites sur l'Océan Austral (extrait du Journal de l'Espace, mars 2009.

Plus de 16 000 nouvelles mesures de température et de salinité ont ainsi été récoltées en un temps record. De quoi décrire avec précision les courants marins qui prennent naissance ici, circulent autour du globe et régulent en partie le climat mondial. « C’est extraordinaire, en explorant la zone de glace saisonnière de l’océan austral, les éléphants de mer nous ont offert les premières données hydrographiques associées à la formation de la banquise », se réjouit Gilles Reverdin, océanographe au CNRS. A plus long terme, les chercheurs espèrent suivre les variations d’épaisseur de la banquise mais aussi les répercussions des changements climatiques sur cette région du monde.

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credit photos : MNHN-CNRS/SMRU-SEaOS

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