Bruxelles à l’heure de « Terre & Espace »

La Belgique et le Nord de la France vus par Envisat
11 février 2005

« L'idée à la base de l’initiative européenne GMES est la même que celle qui justifie le système global Galileo de navigation par satellites. C'est l'indépendance de l'Europe qui doit pouvoir compter sur ses propres sources d'information globale. »

Du 12 au 20 février, Bruxelles va vivre sur l'air de... « l'espace a rendez-vous avec la Terre ». La semaine « Terre & Espace », du 12 au 20 février, va se tenir dans la capitale européenne, à l’occasion du Troisième Sommet mondial sur l’observation de la Terre (16 février) et d’une conférence internationale sur la coopération internationale (17-18 février). Elle sera ponctuée de plusieurs manifestations de la Commission européenne et de l’ESA sur le thème de la technologie spatiale qui fait connaître et comprendre les particularités et caprices de l’environnement terrestre.

Une exposition ouverte à tous (entrée gratuite) se tiendra à l’Autoworld, au Cinquantenaire : elle fera découvrir l’originalité de notre planète dans le système solaire, à l’échelle de l’Univers, et elle sera l’occasion pour le grand public, notamment les jeunes, de rencontres des astronautes de l’ESA et de séminaires sur les différents thèmes du programme spatial européen.

Dr Volker Liebig

A l’occasion de cette semaine, Dr. Volker Liebig qui, depuis le 1er octobre 2004, dirige à l'ESA les programmes d'Observation de la Terre ainsi que le Centre ESRIN à Frascati pour le traitement et de l'archivage des données, nous précise le rôle primordial de l’Europe dans la mise en œuvre des systèmes destinés à mieux comprendre comment vit et évolue notre planète. Il s’agit ni plus ni moins, avec l’ESA, de mettre l’espace au service de l’humanité. Ce spécialiste des problèmes de l'environnement terrestre est un connaisseur des activités de l'ESA, puisqu'il a représenté, durant ces dix dernières années, l'Allemagne dans les instances de l'Agence.

GMES est une entreprise conjointe entre l'ESA et la Commission. Quel rôle spécifique a l'Agence dans cette initiative ?

GMES signifie Global Monitoring pour l’Environnement et la Sécurité. C’est un système indépendant, développé par l'Europe, de surveillance environnementale et sécuritaire, tant avec des moyens spatiaux qu'avec des équipements en l'air et in situ. L'Agence Spatiale Européenne est chargée de la mise en oeuvre de la composante spatiale avec l'infrastructure terrestre correspondante. C'est le modèle de coopération, tel qu'il est défini dans l'accord-cadre entre l'ESA et l'Union. Un article du texte proposé pour le Traité Constitutionnel de l'Europe fait explicitement référence au rôle de l'Agence. L'initiative GMES est la seule à avoir été accueillie positivement lors de deux Conférences européennes au niveau ministériel. Nous avons déjà prévu d'investir 80 millions d'euros dans des activités préparatoires, qui comprennent l'Elément Services GMES, l'analyse socio-économique et les premières études des satellites Sentinel. L'objectif est de finaliser le programme GMES pour le Conseil ministériel de l'ESA qui doit se tenir à Berlin à la fin de cette année.

Jason et Topex Poseïdon, satellites d’océanographie

Ce programme GMES va devenir le principal axe de travail pour votre Direction ?

La Direction, à l’ESA, des Programmes d'Observation de la Terre est axé sur trois grands volets d'activités. Le premier volet vise la continuité de l'EOEP ou Earth Observation Envelope Programme, avec les missions Earth Explorer à caractère scientifique, qui constituent la clef de voûte de la stratégie « La Planète Vivante » (The Living Planet) de l'ESA. L'objectif est de développer les technologies spécifiques qui sont destinées aux applications futures de télédétection depuis l'espace.

Nous prévoyons de réaliser une mission Earth Explorer tous les deux ans sur des thématiques choisies par la communauté des chercheurs. Le deuxième volet est de porter ces missions technologiques à maturité pour qu'elles s'inscrivent dans des activités à caractère opérationnel et qu'elles répondent aux besoins de la Communauté européenne. Quant au troisième volet, il concerne les missions mises en oeuvre par l'organisation Eumetsat pour la météorologie, la climatologie et, à l'avenir, l'océanographie. La coopération de l'ESA et d'Eumetsat, avec les satellites météorologiques Meteosat Second Generation et Metop, constitue une réussite exemplaire. C'est un modèle pour le Programme GMES.

Qu'en est-il des missions opérationnelles « Earth Watch » de surveillance de notre environnement ?

Quand nous avons rédigé le plan de « La Planète Vivante », nous avons ajouté la catégorie « Earth Watch » de missions d'observation depuis l'espace qui résultent d'initiative nationale ou commerciale. Les satellites Meteosat et Metop d'Eumetsat sont en réalité des missions Earth Watch. Nous avons d'autres éléments en vue. Comme le système Fuegosat de satellites dans l'infrarouge, qui est proposé par l'Espagne pour la détection rapide des feux de forêts.

Comme les satellites radar TerraSAR que développe la société InfoTerra et pour lequel nous travaillons sur le segment sol. Ils pourront faire partie du Programme GMES. Le souci premier de l'ESA est de ne pas dupliquer ce qui se fait déjà, mais bien de combler les lacunes dans l'information sur l'environnement et pour la sécurité. Ces lacunes ont été identifiées dans un effort conjoint par l'ESA et par la Commission.

Les feux de forêt au Portugal observés par Meteosat-8

C'est pour cette raison que vous proposez le développement des filières de satellites Sentinel dans le cadre des opérations GMES ?

ESA envisage des familles de satellites opérationnels d'observation, sous le nom de Sentinel, dans le but de combler les lacunes dans l’infrastructure opérationnelle de la télédétection spatiale en Europe. Avec ces « gapfillers », il s'agit non pas de remplacer mais bien de compléter les missions des satellites Cosmo-Skymed de l'Italie, des Pleïades de la France, du TerraSar-X d'Allemagne... Ces initiatives nationales devraient faire partie du système GMES. Nous envisageons quatre à cinq types de Sentinels afin de répondre aux besoins opérationnels que l'ESA et la Commission ont ensemble définis pour les années à venir.

Pourquoi faut-il que l’Europe se dote d’un système GMES ?

L'idée à la base de GMES est la même que celle qui justifie le système global Galileo de navigation par satellites. C'est l'indépendance de l'Europe qui doit pouvoir compter sur ses propres sources d'information globale. Aujourd'hui, nous dépendons de la disponibilité, dans le cadre international, des données qui proviennent de sources américaines. GMES représentera la contribution européenne au sein de GEOSS ou Global Earth Observation System of Systems dans le but de créer, ce qui est demandé depuis des années, un ensemble global de surveillance de l'environnement.

GMES pourra-t-il être opérationnel en 2008 ?

Tout dépendra des moyens budgétaires qui pourront être alloués, mais le système pourra démarrer avec les capacités nationales qui existent déjà et qui sont mises à disposition par les Etats membres et par des opérateurs commerciaux. Un ensemble de premiers services pourraient être opérationnels dès 2008 en utilisant les observations radar en bande C des satellites Envisat de l’ESA et Radarsat-2 du Canada, celles du TerraSar-X allemand et des Cosmo-Skymed italiens en bande X.

Le premier Sentinel, à lancer en 2008-2009, doit les compléter. Il nous manque des données de radars en bande L et c’est une lacune que l’Europe doit combler. Les données optiques seront fournies par les satellites SPOT et Pleïades en France, RapidEye en Allemagne.

Le tsunami près de la Thaïlande, observé par SPOT-4

La Commission Européenne a son propre programme de recherches sur les applications de télédétection spatiale. Comment combiner les activités de l'ESA avec celles du Centre Commun de Recherche, le CCR à Ispra ?

Pour l'heure, nos activités ne se recouvrent pas. Il y a quelques années, le CCR (Centre Commun de Recherche) organisait des activités de télédétection, mais il a fermé son Institut pour les applications spatiales. A présent, l'accord-cadre entre l'ESA et la Commission, ainsi que le Traité constitutionnel de l'Union définissent les rôles de chaque partenaire. Alors que l'ESA est responsable de la composante Espace des programmes de l'Union Européenne, il reste beaucoup de place dans des programmes de méthodologie sur les nouvelles applications qui sont à mettre en oeuvre. Précisément, le CCR a un potentiel de recherches afin de développer de nouveaux services, notamment dans le domaine de la sécurité.

Avez-vous une idée de ce que sera le budget pour le Programme GMES ?

Le rapport final de la phase initiale GMES fait état d'environ 2,7 milliards d'euros pour le segment spatial et son infrastructure au sol jusqu'en 2013. On estime à 150 millions d'euros par année le budget pour les éléments de service. De l'autre côté de l'Atlantique, on mise davantage sur les sciences de la Terre. Les Etats-Unis investissent aujourd'hui sept fois plus et viennent de démarrer un programme du type GMES.

L'investissement de l'Europe dans GMES devrait provenir pour 1/3 de l'ESA et le reste de la Commission Européenne. On devrait en savoir plus cette année avec l'établissement du programme spatial européen. Il faut être conscient que GMES est une nouvelle infrastructure européenne qui touche aux applications au service de l’environnement et de la sécurité. Leur financement sera assuré essentiellement par des fonds qui concernant les développements d’infrastructure et d’applications opérationnelles. Bien sûr, nous avons également besoin de la recherche pour les observations GMES.

L’environnement de l’Afrique

GMES est proposé dans le Plan d’Action GEOSS (Global Earth Observation System of Systems) qui sera adopté à Bruxelles lors du 3ème Sommet Mondial de l’observation de la Terre. En quoi consiste GEOSS ?

GEOSS est une activité intergouvernementale qui a pour objectif la mise en place, à l’échelle du globe, de systèmes de surveillance de l’environnement. C’est ce que nous avons besoin depuis plusieurs années. Cette nécessité est démontrée, malheureusement de façon tragique, avec le tsunami meurtrier dans l’Océan Indien. GEO, Group on Earth Observations, a servi de cadre pour définir ce dont ont besoin les gouvernements, tandis que GEOSS est le moyen de mise en œuvre qui résulte de cette force politique.

Chaque partenaire dans GEOSS mettra à disposition de ce système global ce qu’il a et ce qu’il développe. Nous, les Européens, fournirons GMES. Nous entendons bien avoir une capacité autonome et indépendante de surveillance globale. Nous voulons être dans une position pour décider nous-mêmes la manière d’appliquer les Protocoles de Montréal et de Kyoto.

Comment mettre GMES à la portée de nos voisins d’Afrique ?

Les données et services de GMES suscitent beaucoup d’intérêt dans le monde, notamment en Afrique. Il y a un réel vide à combler pour les informations environnementales dans les pays africains. L’ESA a lancé le programme Tiger de préservation des ressources en eau. Nous avons reçu 95 propositions pour le premier appel à projets, ce qui montre la forte demande en Afrique. GMES y sera d’une grande utilité, tout en étant un instrument idéal de coopération internationale.

Quel est, pour vous, le principal défi du programme GMES ?

Son financement reste, il est vrai, un problème pour les Etats membres, mais je suis rassuré de voir la forte demande pour GMES en Europe. Le principal obstacle est qu'on a affaire à une communauté très diversifiée d'utilisateurs. L'éventail des applications de GMES concerne les spécialistes de l'environnement atmosphérique, les services chargés de la sécurité, les responsables de la gestion des catastrophes naturelles, les planificateurs de l'aménagement du territoire... Le système GMES sera un succès s'il est reconnu comme un outil polyvalent qui offre un potentiel élevé de produits. Le défi est de le mettre en oeuvre pour rencontrer la majeure partie des besoins avec beaucoup d'efficacité.

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