Décès du « père » belge de l’ESA

Charles Hanin à Washington D.C. en septembre 1973 pour l’accord de coopération Spacelab avec la NASA
28 juin 2012

Le Belge Charles Hanin vient de décéder à l’âge de 97 ans. Cet ancien ministre fait partie du panthéon de l’histoire de l’Europe unie dans l’espace : en juillet 1973, à l’issue d’une délicate Conférence Spatiale Européenne, il réussissait le lancement de l’ESA avec la mise en place d’un programme spatial européen.

Au début des années 70, l’Europe spatiale était en crise. Son lanceur Europa, formé de trois étages de nationalités différentes - britannique, français, allemand - et d’une coiffe italienne, ne réussissait aucune satellisation : avec son abandon, l’accès européen à l’espace se trouvait compromis. La NASA faisait les doux yeux à l’Europe pour qu’elle donne la priorité à l’utilisation du Space Shuttle avec le laboratoire pluridisciplinaire Spacelab. Les satellites de télécommunications, en devenant de plus en plus performants, s’annonçaient comme des relais indispensables, notamment pour garder le contact avec les navires en mer.

Les Etats d’Europe - qui s’étaient groupés dans l’ELDO (organisation de lanceurs de satellites) et dans l’ESRO (organisation de recherche spatiale avec fusées sondes et satellites) - n’arrivaient pas à trouver une entente sur un programme commun de l’Europe dans l’espace. Il fallut la diplomatie opiniâtre et la subtile négociation du Ministre belge de la Politique scientifique, Charles Hanin (1914-2012), pour sortir de l’impasse l’Europe spatiale. Il parvenait à dégager un consensus politique pour avoir une Agence Spatiale Européenne dotée d’activités répondant aux intérêts et compétences de tous les pays qui voulaient en faire partie.

Le fruit d’un entêtement

Le 31 juillet 1973, la naissance de l’ESA était décidée à Bruxelles lors d’une Conférence Spatiale Européenne, qui était présidée par le Ministre Charles Hanin. Celui-ci avait soigneusement préparé cette réunion dite « de la dernière chance ». Durant les semaines qui avaient précédé, il avait pris son bâton de pèlerin européen pour aller « confesser » à Paris, Bonn, Rome et Londres les instances responsables des stratégies nationales pour l’espace.

Charles Hanin à Washington D.C. en septembre 1973 pour l’accord de coopération Spacelab avec la NASA

On se souvient de son ton de l’anecdote pour conter l’heureux événement de la nouvelle Europe spatiale (extrait du discours prononcé à l’occasion des 20 ans de la résolution de Bruxelles, Colloque « Les 20 ans du programme Ariane », 30 juillet 1993, brochure éditée par l’ESA):

"Toujours est-il qu'à cette fameuse date du 31 juillet [1973], nous avons dû discuter longuement. Tous les journaux avaient estimé que ça tournerait mal. Quand nous avons terminé positivement à 5 heures du matin - positivement sur Ariane que les Français voulaient, sur Spacelab auquel les Allemands tenaient comme à la prunelle de leurs yeux, et sur Marots que les Anglais souhaitaient pour leurs navires. Quand on a terminé, il faisait clair, les oiseaux chantaient. On avait réussi. Il n'y avait plus un seul journaliste qui était là... parce qu'ils étaient tous partis, persuadés que ça allait rater. Ils sont venus pour m'interviewer le lendemain. Mais, le lendemain, c'était moi qui n'étais plus là parce que j'étais parti en vacances. Alors, tout cela montre que, si à ce moment-là ce fut difficile, tout le monde s'est rallié à la décision. Tout le monde a coopéré, de bonne foi, à la réussite de la Conférence."

Une personnalité effacée mais efficace

Ce témoignage démontre combien l’avocat et politicien Charles Hanin faisait preuve de grande modestie pour décrire son rôle dans la mise sur pied d’une Europe spatiale, faite d’un programme obligatoire (science) et d’activités optionnelles (lanceurs, vols habités, satellites d’applications). Entêtement et pragmatisme constituaient les traits de caractère de ce vrai Ardennais de la province belge de Luxembourg. Il était né à Wellin le 19 septembre 1914 et s’est éteint à Marche-en-Famenne le 16 juin dernier. Il fut en 1945 l’un des fondateurs du Parti Social Chrétien de Belgique. Député permanent puis sénateur, il occupa des responsabilités ministérielles dans cinq gouvernements belges, de 1968 à 1974. C’est grâce à sa force de persuasion que l’Europe de l’espace, en acceptant de coopérer, a pu prendre forme pour se lancer vers de nouveaux horizons.

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