Frank De Winne après le succès de sa mission spatiale

Frank De Winne works with MSG
Frank avec le Microgravity Science Glovebox
19 novembre 2002

"Mon vol doit susciter dans la jeunesse des carrières dans les activités scientifiques et pour les tâches opérationnelles". Quelques jours après son retour, Frank parle de son séjour dans l'espace.

Le dimanche 10 novembre, le cosmonaute belge de l'ESA Frank De Winne et ses deux collègues russes Serguey Zalioutine et Youri Lonchakov sont revenus sur Terre à bord de la capsule Soyouz TM-34, après avoir réalisé une mission Odissea très réussie dans l'International Space Station (ISS). L'équipage belgo-russe a amené à la station le nouveau Soyouz TMA-1. Frank a effectué un programme fort chargé d'expériences, 23 au total.

Qu'avez-vous ressenti lors du décollage du lanceur Soyouz ?
Evidemment, j'ai senti des vibrations lorsque les moteurs de la fusée se sont mis en marche sous mes pieds. Je n'ai pas eu un entraînement spécial pour cette phase. Néanmoins je n'ai pas été surpris. Quand les quatre propulseurs d'appoint du premier étage se sont séparés, il y a eu un choc, mais mon entraînement en centrifugeuse m'y avait habitué. Le lancement s'est déroulé comme je m'y attendais.

Launch Odissea Mission
Le lancement: 30 octobre 2002, 04:11 CET

Et au moment de l'atterrissage ?
Mes sensations furent tout à fait différentes. Quand les parachutes s'ouvrent, la capsule se trouve ballottée dans tous les sens. Vous avez l'impression que vous êtes sens dessus dessous. Quand le parachute principal s'enclenche, vous sentez à nouveau un choc et le scénario du ballottement se répète. Puis la capsule finit par se stabiliser. C'est parfaitement normal. Mon commandant Serguey Zalioutine m'avait prévenu mais ce fut bien pire de ce que je n'appréhendais: l'atterrissage - le "touchdown" - s'est fait de façon plutôt brutale. Comme il se passait de nuit, il fut totalement imprévisible. La capsule a culbuté plusieurs fois, avant de s'arrêter sur le flanc. L'équipe de récupération est arrivée très rapidement. Dix minutes après qu'on se fût posé, il y avait du monde autour de la capsule. On a d'abord installé une tente et, vu qu'il faisait très froid dehors, nous sommes restés à l'abri dans la capsule pendant environ une demi-heure.

Soyuz TMA-1 docking
Le nouveau Soyouz TMA-1

Une fois au sol, avez-eu le sentiment que la mission Odissea connaissait une issue heureuse ?
Bien sûr, surtout que l'ouverture des parachutes et l'arrivée au sol sont des phases très critiques du vol. Surtout que vous en savez très peu avant sur cette épreuve du retour. Quand la capsule s'était stabilisée dans l'atmosphère et qu'elle se balançait comme prévu et en toute sécurité sous le parachute, je me suis déjà senti plus à l'aise.

Vous vous êtes entraîné intensivement pour cette mission. Y a-t-il eu néanmoins des événements inattendus au cours du vol ?
De temps en temps, des imprévus ont eu lieu avec les expériences. La plupart du temps, nous avons trouvé une solution aux problèmes. Malheureusement, l'expérience Nanoslab échoua complètement, mais on peut la refaire lors d'un prochain vol. Normalement, l'expérience aurait dû démarrer automatiquement dans le Microgravity Science Glovebox (MSG), mais sa mise en route n'a pu se faire. Je n'ai pas alors diagnostiqué la raison de cet incident.

Quelle est l'impression que vous gardez de la station spatiale ?
Quand vous entrez dans l'ISS, vous avez une toute autre impression que lors de l'entraînement dans les simulateurs. Vous ne pouvez pas imaginer tout ce matériel accroché sur les parois, tout ce qui est stocké partout, tout l'équipement photo dont on dispose à bord. Des parties de la station vous paraissent plus grandes que vous imaginiez. D'autres, comme la section russe, semblent plus petites. Mais c'est logique, quand vous y êtes à six personnes en même temps à certains moments.

S'habitue-t-on rapidement à l'impesanteur ?
C'est un exercice qui prend du temps. Au début, vous ne savez pas comment vous tenir, comment boire. Ainsi instinctivement, je pressais sur un petit sac de thé et le contenu se déversait autour en flottant... Sur Terre, vous ne pensez pas à un tel phénomène. Comme vous ne pensez pas à suspendre des objets à la paroi par exemple. Sensation incroyable: à peine vous exercez une petite force que vous vous mettez à flotter. Il faut adapter votre comportement, ce qui demande du temps, mais vous y arrivez.

Thin blue layer
La fragilité de l'atmosphère

Quelle a été votre principale émotion là-haut ?
J'ai été fort impressionné, quand j'ai regardé la Terre et que j'ai vu la fragilité de l'atmosphère. C'est vraiment magnifique de voir la Terre d'en haut. J'ai été impressionné par le nombre d'instruments, d'équipements scientifiques et de matériels techniques à bord de la station spatiale, bref par tout ce qui est fait à bord pour y rendre la vie possible. C'est fantastique.

Votre réadaptation à la pesanteur terrestre, comment évolue-t-elle ?
Cette réadaptation prend assez bien de temps, avant que vous soyez complètement remis à l'heure de la gravité. On peut le mesurer. Tant que je peux faire confiance à mes propres impressions, je me suis réadapté pour l'essentiel, bien que je me sente quelque peu fatigué le soir.

Qu'avez-vous fait après votre retour ?
J'ai du me soumettre à une nouvelle série de tests médicaux pour les expériences Cardiocog et Neurocog. Il fallait le faire pour comparer les mesures faites durant le vol avec celles réalisées avant et après la mission. Il s'agit de voir combien il faut de temps pour qu'on retrouve ses capacités au niveau qu'on avait avant le vol.

Quand avez-vous le sentiment que votre mission touche à sa fin ?
Il faudra encore quelque temps pour arriver à la fin. Ainsi les derniers examens médicaux se dérouleront dans environ six mois. Ici, en Russie, le vol sera officiellement terminé, peu de semaines après l'atterrissage, avec un debriefing technique. Une fois terminés les tests médiaux en Russie et le suivi pour ma réadaptation, je rentrerai en Belgique.

Odissea Mission crew members
L'atterrissage: 10 novembre 2002, 01:04 CET

Quels sont vos projets à long terme ?
De toute manière, je vais continuer à travailler pour l'ESA, probablement à l'ESTEC, à Noordwijk aux Pays-Bas, ou à l'EAC, près de Cologne en Allemagne. Je serai impliqué principalement dans le support technique des projets de l'ESA pour les vols habités, comme Columbus, le module-laboratoire qui sera fixé par la navette sur l'ISS à la fin de 2004, et comme l'ATV, un module de logistique qu'Ariane 5 lancera vers la station pour la première fois au cours de cette même année. Je serai disponible pour les vols que d'autres astronautes de l'ESA effectueront. Il existe bien des possibilités de tâches à me confier.

Vous êtes absolument convaincu que l'ISS est un outil utile ?
Evidemment, et vous l'êtes davantage quand vous avez l'occasion d'y travailler, comme je l'ai fait, dans le laboratoire américain Destiny et dans la partie russe de l'ISS. Je suis vraiment convaincu qu'on peut y faire de la très bonne science. C'est pourquoi il est absolument nécessaire que l'Europe ait son laboratoire Columbus arrimé à l'ISS et que dans l'avenir un équipage de six à sept en permanence se trouve à bord [pour le moment, l'équipage permanent consiste en trois personnes].

Comptez-vous effectuer une mission de longue durée à bord de l'ISS ?
Oui, j'espère bien réaliser une telle mission, mais plus tard. Pour le bien-être de ma famille, je dois être proche des miens pendant un certain temps. Puis, je pense être capable d'effectuer cette mission de longue durée.

Que pensez-vous de l'enthousiasme qu'a causé votre vol en Belgique ?
Je pouvais m'attendre à ce qu'il y ait de l'intérêt pour ma mission, mais pas autant d'enthousiasme. J'en suis très heureux. Surtout c'est l'intérêt des jeunes pour ma mission qui m'a fait le plus plaisir. C'était d'ailleurs l'un des objectifs de la mission Odissea: susciter dans la jeunesse des carrières dans les activités scientifiques et pour les tâches opérationnelles. Je crois sincèrement avoir contribué à atteindre ce but.

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