Le candidat-cosmonaute Frank De Winne se prépare à aller dans l'espace

Frank De Winne (à droite) et Roberto Vittori: Il faut surtout croire dans la réalisation de son rêve
29 avril 2002

"Pour la première fois, un Européen peut prendre part au vol d'essai d'un nouveau vaisseau spatial".

Le Centre ERASMUS de support pour l'utilisation de l'ISS (International Space Station), à l'ESTEC, Noordwijk, accueille régulièrement les astronautes européens pour leur entraînement sur les équipements à bord de modules-laboratoires de la station.

Le candidat-cosmonaute Frank De Winne doit participer à un vol taxi du vaisseau Soyouz durant la dernière semaine d'octobre. Il a récemment passé une journée à l'ESTEC pour préparer sa mission spatiale en compagnie des expérimentateurs belges.

Quelle est la raison de cette journée passée à l'ESTEC, le Centre européen de recherche et technologie spatiales ?
Cette fois, j'ai eu droit à mon premier briefing sur les équipements scientifiques. Beaucoup d'expériences ont trait à l'utilisation du MSG ou Microgravity Science Glovebox. Aujourd'hui, les chercheurs ont présenté leurs expériences. Ensemble, nous avons eu un échange de vues au sujet des opérations nécessaires à leur mise en oeuvre, sur les données dont ils ont besoin. On m'a précisé ce à quoi je dois être attentif, ce qu'il est possible de faire.

Votre entraînement se déroule en plusieurs endroits ?
La plus grande partie de l'entraînement a lieu en Russie. C'est plutôt exceptionnel que je vienne en Europe. J'y suis pour m'initier au programme scientifique de ma mission dans l'espace. Ce serait plus compliqué de faire venir tous les chercheurs en Russie. C'est pourquoi une partie de cet entraînement pour les expériences se passe en Belgique. Une autre se déroule à l'ESTEC, ainsi qu'à l'EAC, le Centre des astronautes européens, à Cologne. Tout dépend de ce qui convient le mieux à la plupart des participants au programme, de l'endroit où on peut avoir accès aux modèles des instruments. Ce qui est le cas de l'équipement MSG à l'ESTEC.

Pouvez-vous nous donner un bref aperçu des expériences que vous allez effectuer lors de votre vol dans l'International Space Station ?
Une partie de ces expériences concerne les sciences de la vie. Elles veulent répondre à la question: comment l'homme vit-il dans l'espace, tant du point de vue physiologique que mental ? Comment son système nerveux fonctionne-t-il ? Il est également prévu d'effectuer des expériences dans le domaine des sciences physiques, notamment en cyrstallographie. Il y a aussi des expériences biologiques qui veulent comprendre, entre autres, comment se comporte le système osseux en microgravité. Un problème qui se pose pour les personnes âgées est l'ostéoporose. Les astronautes subissent cette maladie dans l'espace vu l'absence de pesanteur. Des expériences au niveau cellulaire permettent de comprendre les éléments qui entrent en jeu, donc de trouver des moyens pour soigner la maladie.

S'agit-il d'une mission spatiale belge ?
La meilleure définition à donner à mon vol est sans doute qu'il est international avec un accent belge. Il est international, vu que je pars avec les Russes à bord d'un vaisseau Soyouz pour lequel j'ai tout de même un important rôle comme ingénieur de bord. Le vol sur orbite est international, parce que les expériences se passeront aussi bien dans la partie russe que dans la section américaine de la station spatiale. En outre, de nombreuses expériences ne concernent pas que des chercheurs belges, mais des groupes d'expérimentateurs d'Europe et du reste du monde. J'effectuerai aussi une série d'expériences pour la NASA et une partie pour l'agence aérospatiale russe.

Quelle est la part des expériences belges ?
Ce n'est pas définitivement établi. Au total, 27 sont actuellement prévues. Nous devons encore voir si toutes peuvent être réalisées, car nous avons élaboré un plan de vol très ambitieux. Peut-être que certaines d'entre elles ne pourront pas être prêtes à temps, mais elles seront sans doute réalisées lors de missions suivantes. Sur les 27 expériences, 17 ont placées sous la responsabilité principale d'un chercheur belge.

Frank De Winne (à droite) et Roberto Vittori en Russie
Frank De Winne (à droite) et Roberto Vittori en Russie

Avez-vous déjà trouvé un nom officiel ?
Nous sommes en train de le chercher. Il y a bien des idées, mais je ne peux pas vous en dire davantage.

Quel sens trouvez-vous à la profession d'astronaute ou de cosmonaute ?
On doit le voir à plusieurs niveaux. Pour moi, cette profession signifie quelque chose que j'ai voulu toujours faire. Je trouve fantastique de pouvoir aller dans l'espace. C'est un objectif personnel. Pourquoi devons-nous aller dans l'espace ? Je pense que l'homme a toujours essayé d'aller plus loin en avant, afin d'explorer et d'observer ce qu'il n'a pu encore atteindre.

Quel conseils donnez-vous à un jeune qui rêve, comme vous, d'aller dans l'espace ?
Je lui conseille tout d'abord de mettre tout en oeuvre pour avoir une bonne formation comme ingénieur ou comme chercheur. Puis au cours de sa carrière, il doit s'efforcer d'approcher des activités qui touchent à l'astronautique. C'est-à-dire travailler pour l'espace, soit dans un cadre professionnel, soit à un niveau scientifique ou technique. Il faut surtout croire dans la réalisation de son rêve. Dans quelle mesure le métier d'astronaute ou de cosmonaute est-il encore un travail de pionnier?
Le rôle de pionnier en astronautique est, je pense, pour une bonne part révolu, mais le vol dans l'espace est encore fascinant. L'espace doit s'ouvrir pour un nombre plus élevé de personnes. En ce qui concerne les touristes de l'espace, nous nous trouvons dans une phase transitoire. On a une infrastructure opérationnelle qui est subsidiée par les pouvoirs publics et des gens s'en servent comme touristes pour un usage personnel. Mais ils peuvent y effectuer des expériences, comme l'a fait le Sud-Africain Mark Shuttleworth lors de son séjour dans la station.

Il est vraisemblable que vous voliez avec un touriste de l'espace. De qui s'agit-il ?
Je ne le sais pas encore, mais on le saura bientôt.

Que pensez-vous de la présence de ces touristes dans l'espace ?
A l'avenir, on va évoluer vers une sorte de station commerciale où des gens iront comme des touristes. La fréquence à laquelle les vols spatiaux se succèderont, à laquelle nous voyagerons hors de l'atmosphère devrait augmenter. Ainsi le coût en général du vol spatial deviendrait de moins en moins élevé. Les pouvoirs publics pourront alors mieux se concentrer sur ce qu'il faut faire, c'est-à-dire passer à l'étape suivante qui est d'aller plus loin dans l'exploration. Nous ne pouvons pas continuer pendant encore vingt ans à n'effectuer que des petits tours autour de la Terre.

Peut-on compter sur une volonté politique pour, par exemple, entreprendre une expédition vers Mars ?
A court terme, certainement pas. Il y a l'infrastructure de la station spatiale internationale qu'il faut d'abord terminer. Mais une fois que nous serons prêts à l'exploiter, je pense qu'il y aura une volonté politique pour passer à l'étape suivante. Il nous appartient un peu d'aider le public et les politiciens à les éclairer et à leur dire ce que nous devrions faire.

Durant votre entraînement, vous avez fait connaissance avec la pratique russe et la méthode occidentale. Quelles différences percevez-vous ? N'auriez-vous pas préféré voler à bord de la navette américaine ?
Le plus important pour moi est que je peux effectuer un vol spatial. Je suis heureux de le faire avec les Russes en prenant place dans le vaisseau Soyouz avec la responsabilité d'ingénieur de bord. Pour moi qui ai une formation de pilote d'essais, c'est important, car je vais participer au premier vol de la nouvelle version du vaisseau Soyouz, le Soyouz TMA. C'est une occasion unique. Pour la première fois, un Européen peut prendre part au vol d'essai d'un nouveau vaisseau spatial.

Sous quel angle ce Soyouz TMA est-il un engin nouveau ?
Le tableau de bord qui sert à contrôler le Soyouz est complètement transformé. Plusieurs ordinateurs ont été modifiés avec des logiciels plus performants. On a changé toutes les procédures.

La technologie spatiale russe n'est-elle pas dépassée ?
L'approche des Russes est tout autre. Les Américains veulent des choses neuves, du "state of the art technology", la fine fleur de la technologie. Avec, comme conséquence, que tout ne fonctionne pas de manière optimale la première fois, qu'il faut faire des réparations, des ajustements. Les Russes pratiquent une autre tactique. Ils utilisent un système qui marche et, en progressant pas à pas, ils introduisent un certain nombre de nouveautés. Ainsi le Soyouz TMA est équipé de nouveaux équipements et ordinateurs. Mais on garde les anciens ordinateurs et le contrôle manuel reste valable. Ca se remarque bien dans la station spatiale. Le module d'habitation qui fonctionne parfaitement au coeur de la station spatiale internationale est en fait une copie de la précédente station russe Mir. On y a simplement apporté quelques améliorations.

Prévoyez-vous déjà d'effectuer d'autres missions dans l'espace ?
Concrètement, je ne peux pas m'exprimer à ce sujet. Comme les vols taxi avec le Soyouz servent à acquérir de l'expérience pour le travail dans la station spatiale, quand, en octobre 2004, le module scientifique Columbus y sera installé, il est vraisemblable que les astronautes européens participent à des missions de longue durée, de 3 à 6 mois.

Comment envisagez-vous l'astronautique après la station spatiale internationale ?
On pense d'une part améliorer la station spatiale internationale pour faire encore mieux de la recherche scientifique. Une série de problèmes apparaissent maintenant, notamment en ce qui concerne la capacité limitée de ramener sur Terre les résultats des diverses expériences. Il faut déjà veiller au développement de systèmes qui permettent la transmission vers le sol de hauts débits de données à grande vitesse. Un autre aspect est de faire de la station spatiale une pierre angulaire dans l'exploration du système solaire. De nombreuses études sont en cours avec le programme Aurora de l'ESA. Avec la station spatiale, nous pouvons réaliser de nouveaux developpements technologiques, comme des systèmes de support vie qui permettent le recyclage à bord. Ces équipements seront d'une grande utilité pour poursuivre des missions habitées d'exploration de l'espace lointain.

Votre famille vient-elle vous voir régulièrement en Russie ?
Mes enfants doivent naturellement aller à l'école. Il est donc difficile pour eux de venir en Russie.

Votre famille sera-t-elle présente à votre lancement à Baïkonour en octobre prochain ?
Ce n'est pas encore décidé, mais il y a de grandes chances.

Vittori during astronaut training in Russia
Frank De Winne (en haut) va participer au premier vol du vaisseau Soyouz TMA

Dans quelle mesure le métier d'astronaute ou de cosmonaute est-il encore un travail de pionnier?
Le rôle de pionnier en astronautique est, je pense, pour une bonne part révolu, mais le vol dans l'espace est encore fascinant. L'espace doit s'ouvrir pour un nombre plus élevé de personnes. En ce qui concerne les touristes de l'espace, nous nous trouvons dans une phase transitoire. On a une infrastructure opérationnelle qui est subsidiée par les pouvoirs publics et des gens s'en servent comme touristes pour un usage personnel. Mais ils peuvent y effectuer des expériences, comme l'a fait le Sud-Africain Mark Shuttleworth lors de son séjour dans la station.

Il est vraisemblable que vous voliez avec un touriste de l'espace. De qui s'agit-il ?
Je ne le sais pas encore, mais on le saura bientôt.

Que pensez-vous de la présence de ces touristes dans l'espace ?
A l'avenir, on va évoluer vers une sorte de station commerciale où des gens iront comme des touristes. La fréquence à laquelle les vols spatiaux se succèderont, à laquelle nous voyagerons hors de l'atmosphère devrait augmenter. Ainsi le coût en général du vol spatial deviendrait de moins en moins élevé. Les pouvoirs publics pourront alors mieux se concentrer sur ce qu'il faut faire, c'est-à-dire passer à l'étape suivante qui est d'aller plus loin dans l'exploration. Nous ne pouvons pas continuer pendant encore vingt ans à n'effectuer que des petits tours autour de la Terre.

Peut-on compter sur une volonté politique pour, par exemple, entreprendre une expédition vers Mars ?
A court terme, certainement pas. Il y a l'infrastructure de la station spatiale internationale qu'il faut d'abord terminer. Mais une fois que nous serons prêts à l'exploiter, je pense qu'il y aura une volonté politique pour passer à l'étape suivante. Il nous appartient un peu d'aider le public et les politiciens à les éclairer et à leur dire ce que nous devrions faire.

Durant votre entraînement, vous avez fait connaissance avec la pratique russe et la méthode occidentale. Quelles différences percevez-vous ? N'auriez-vous pas préféré voler à bord de la navette américaine ?
Le plus important pour moi est que je peux effectuer un vol spatial. Je suis heureux de le faire avec les Russes en prenant place dans le vaisseau Soyouz avec la responsabilité d'ingénieur de bord. Pour moi qui ai une formation de pilote d'essais, c'est important, car je vais participer au premier vol de la nouvelle version du vaisseau Soyouz, le Soyouz TMA. C'est une occasion unique. Pour la première fois, un Européen peut prendre part au vol d'essai d'un nouveau vaisseau spatial.

Sous quel angle ce Soyouz TMA est-il un engin nouveau ?
Le tableau de bord qui sert à contrôler le Soyouz est complètement transformé. Plusieurs ordinateurs ont été modifiés avec des logiciels plus performants. On a changé toutes les procédures.

La technologie spatiale russe n'est-elle pas dépassée ?
L'approche des Russes est tout autre. Les Américains veulent des choses neuves, du "state of the art technology", la fine fleur de la technologie. Avec, comme conséquence, que tout ne fonctionne pas de manière optimale la première fois, qu'il faut faire des réparations, des ajustements. Les Russes pratiquent une autre tactique. Ils utilisent un système qui marche et, en progressant pas à pas, ils introduisent un certain nombre de nouveautés. Ainsi le Soyouz TMA est équipé de nouveaux équipements et ordinateurs. Mais on garde les anciens ordinateurs et le contrôle manuel reste valable. Ca se remarque bien dans la station spatiale. Le module d'habitation qui fonctionne parfaitement au coeur de la station spatiale internationale est en fait une copie de la précédente station russe Mir. On y a simplement apporté quelques améliorations.

Prévoyez-vous déjà d'effectuer d'autres missions dans l'espace ?
Concrètement, je ne peux pas m'exprimer à ce sujet. Comme les vols taxi avec le Soyouz servent à acquérir de l'expérience pour le travail dans la station spatiale, quand, en octobre 2004, le module scientifique Columbus y sera installé, il est vraisemblable que les astronautes européens participent à des missions de longue durée, de 3 à 6 mois.

Comment envisagez-vous l'astronautique après la station spatiale internationale ?
On pense d'une part améliorer la station spatiale internationale pour faire encore mieux de la recherche scientifique. Une série de problèmes apparaissent maintenant, notamment en ce qui concerne la capacité limitée de ramener sur Terre les résultats des diverses expériences. Il faut déjà veiller au développement de systèmes qui permettent la transmission vers le sol de hauts débits de données à grande vitesse. Un autre aspect est de faire de la station spatiale une pierre angulaire dans l'exploration du système solaire. De nombreuses études sont en cours avec le programme Aurora de l'ESA. Avec la station spatiale, nous pouvons réaliser de nouveaux developpements technologiques, comme des systèmes de support vie qui permettent le recyclage à bord. Ces équipements seront d'une grande utilité pour poursuivre des missions habitées d'exploration de l'espace lointain.

Votre famille vient-elle vous voir régulièrement en Russie ?
Mes enfants doivent naturellement aller à l'école. Il est donc difficile pour eux de venir en Russie.

Votre famille sera-t-elle présente à votre lancement à Baïkonour en octobre prochain ?
Ce n'est pas encore décidé, mais il y a de grandes chances.

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