Nouveau souffle pour le spatial belge

Depuis 1958, l’Atomium est le symbole d’une Belgique à l’avant-garde
24 octobre 2007

Dans une Carte Blanche intitulée « La Belgique n’a que de bonnes raisons d’investir dans le spatial » et publiée cet été dans les quotidiens belges L’Echo et De Tijd, Eric Beka, Ambassadeur, Haut Représentant de la Belgique pour la Politique Spatiale (HRPS), s’est exprimé sur ce qui doit renforcer la Belgique de l’espace sur la scène internationale. Pour susciter la réflexion, il mettait en exergue deux changements :

- une première mutation relative à la politique spatiale, avec le passage des activités de recherche scientifique aux applications dans la vie quotidienne. « Si notre pays entend tirer au maximum de ces nouvelles retombées, il est donc logique – sans négliger pour autant la consolidation de nos actuelles « niches » technologiques – de consacrer plus d’attention et de soutien au développement des applications spatiales et des produits et services qui y sont liés. »

Eric Beka, l’ambassadeur belge de l’espace
Eric Beka, l’ambassadeur belge de l’espace

- la seconde mutation concerne l’évolution politique de la Belgique avec la mise en œuvre d’un royaume fédéral avec trois régions et trois communautés. « Au travers des phases successives de réformes institutionnelles, un consensus s’est toujours dégagé pour maintenir la compétence du secteur spatial au niveau fédéral […] Il est essentiel de maintenir au niveau fédéral la gestion et la représentation des intérêts belges en matière spatiale. Dans le même temps, ajoute E. Beka, il faudra aussi reconnaître que les entités fédérées sont nécessaires pour augmenter l’efficacité et l’impact de notre politique spatiale. Elles sont en effet compétentes en matière d’éducation et de formation, de recherche et d’innovation et de politique industrielle. Mais aussi, de manière plus générale, de matières relevant de divers secteurs pour lesquels le recours aux applications peut s’avérer très utile. »

Partant de ce double constat, l’ambassadeur belge de l’espace réclame la rénovation du modèle « spatial » de la Belgique : en élargissant la palette de ses activités et en instaurant un partenariat stratégique entre l’autorité fédérale, les Communautés et les Régions « de manière à établir une véritable coopération en matière spatiale, qui concilie la prise en compte des compétences, des besoins et des intérêts de chaque niveau de pouvoir et une « force de frappe » unique aux plans européen et international. »

A la mode inter-régionale

Le CSL, un acteur européen de premier plan
Le CSL, un acteur européen de premier plan

Le spatial européen, alors qu’il s’organise au niveau supranational, se met à l’heure inter-régionale. On voit de plus en plus de régions investir dans des activités de recherche et développement pour les applications dans l’espace, autour des produits et services des télécommunications (large bande), de la télédétection (GMES) et de la navigation (Galileo). La Bavière avec Munich, Midi-Pyrénées avec Toulouse, la Catalogne avec Barcelone, la Lombardie avec Milan, Brême, Madrid… se révèlent très dynamiques pour glaner les fruits de la technologie des systèmes spatiaux.

La Belgique a toujours eu son programme spatial calqué sur celui de l’ESA (Agence Spatiale Européenne) et entend continuer de la sorte. Elle a des coopérations bilatérales avec la France (Pleïades, Corot, Picard…) et l’Argentine (Saocom). Dans chacune des trois régions économiques de la Belgique fédérale, industries et centres de recherche ont créé des groupes de valorisation des compétences pour l’espace : le VRI (Vlaamse Ruimtevaartindustrie) en Flandre, le cluster Wallonie Espace (au sein du Pôle de compétences aérospatiales Skywin Wallonie) et l’association Bruspace pour Bruxelles.

Hausse du spatial en Flandre

Le VRI (Vlaamse Ruimtevaartindustrie) a publié en juin dernier un rapport intitulé « Overzicht van de commerciële ruimtevaart en de positie van Vlaanderen 2007 » (Aperçu de l’astronautique commerciale et la position de la Flandere 2007). Ce document, que l’on doit à une enquête fouillée de Guido Brandt et de Hans Bracquené, dresse le bulletin de santé du spatial flamand : 160 millions € et quelque 800 emplois directs en 2006. Si 20,5 % sont réalisés pour les activités fédérales de R & D (33 millions €) et 19,5 % pour les programmes de l’ESA (32 millions €), plus de 60 % le sont dans les retombées commerciales (95 millions €): télécommunications (avec Newtec), navigation (Septentrio), observation de la Terre (OIP Sensor Systems, VITO), instrumentation spatiale et micro-satellites (Verhaert Space), opérations sur orbite (Space Applications Services)…

La famille PROBA des petits satellites de l’ESA
La famille PROBA des petits satellites de l’ESA : une réalisation « made in Belgium »

Ce rapport sur l’industrie spatiale flamande ne remet aucunement en question le rôle de l’Etat fédéral dans la politique spatiale belge, laquelle est fort axée sur les actions de l’ESA. Ses conclusions mettent l’accent sur les efforts qui restent à faire au niveau fédéral pour garantir la croissance continue du secteur spatial en Flandre :

  • Les budgets d’activité spatiale alloués à la Flandre atteignent à présent quelque 40 % du budget total du programme fédéral.
  • L’approche par niches était et demeure le cœur de la stratégie spatiale en Flandre.
  • Grâce au développement des satellites du type PROBA, la Flandre peut aussi maintenant offrir des infrastructures complètes de satellites, tant pour la recherche scientifique pour des objectifs commerciaux.
  • Grâce au développement renforcé des produits-niches de haute technologie et à haute valeur ajoutée, avec le soutien des autorités nationales et régionales ainsi que de l’ESA, l’industrie spatiale flamande garde la possibilité de croire davantage à l’avenir au sein du marché commercial des activités spatiales, compte tenu de facteurs environnants qui peuvent se modifier rapidement.
  • La position de l’industrie spatiale flamande peut grandir de façon notoire sur le plan mondial avec le soutien des programmes R & D de l’ESA qui servent à valider la technologie flamande dans des projets pilotes dans des pays ayant une industrie spatiale émergente (Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud, etc).

Davantage de moyens au fédéral

Le terminal Sat3Play
Le terminal Sat3Play

Belgospace, l’association belge interprofessionnelle des activités spatiales, réclame la poursuite d’une stratégie spatiale forte au niveau fédéral. Cette ASBL, qui fut créée en 1962, regroupe douze « grands » de l’industrie spatiale en Belgique : CEGELEC, Gillam-FEI, Newtec, Nexans Harnesses, SABCA, SONACA, Space Applications Services, Spacebel, Techspace Aero, Thales Alenia Space Antwerp, Thales Alenia Space ETCA, Verhaert Space. Chaque année, elle publie un rapport détaillé et utile sur les activités de ses membres qui concernent les lanceurs, les systèmes habités, les programmes scientifiques, les télécommunications, l’observation de la Terre, la navigation, les recherches technologiques… On peut le télécharger en allant sur le site http://www.agoria.be/belgospace/

A la présidence du Conseil d’Administration de Belgospace, Jean Horanieh, Administrateur-délégué de Thales Alenia Space ETCA, succède à René Hannon. Dans le mot d’introduction du Rapport des activités 2006 (68 pages), que tous deux ont signé, « Belgospace insiste sur l’effet multiplicateur lié aux investissements en recherche et développement dans le domaine spatial. » et « Belgospace demande aux autorités fédérales de tout mettre en œuvre pour augmenter les moyens alloués aux activités de l’industrie spatiale belge dans tous ses domaines de compétence, acquis et à acquérir. »

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