Terre vs. Astéroïdes: les humains ripostent

L’impacteur embarqué SCI en route vers l’astéroïde Ryugu
24 avril 2019

Cela fait des milliards années que des astéroïdes laissent des cicatrices à notre planète. Pour la première fois ce mois-ci, l’humanité a laissé sa marque sur un astéroïde, et lors de la prochaine décennie, une mission internationale composée de deux sondes prévoit de laisser un impact bien plus gros sur un autre astéroïde.

Le 5 avril, la sonde japonaise Hayabusa2 a tiré un projectile en cuivre à très haute vitesse (environ 2km/s) dans le but de former un cratère sur l’astéroïde Ryugu. L’objectif de ce tir était de soulever des matériaux enfouis sous la surface afin qu’ils soient ramenés sur Terre pour y être analysés en détail.

Plume from impact

« Nous nous attendons à ce que l’impact ait formé un cratère distinctif, d’environ 2m de diamètre d’après les simulations, » commente Patrick Michel, directeur de recherche au CNRS, spécialiste des astéroïdes à l’Observatoire de la Côte d’Azur, mais aussi co-investigateur et scientifique interdisciplinaire pour la mission japonaise. La sonde a été mise en sécurité de l’autre côté de l’astéroïde depuis le tir, et c’est seulement ce 25 avril qu’elle aura l’occasion d’observer le site d’impact.

« Il s’agit pour nous d’un premier point de donnée passionnant à comparer aux simulations, » ajoute Patrick, « mais un impact bien plus important nous attend à l’avenir dans le cadre de la mission double Asteroid Impact & Deflection Assessment (AIDA). »

Profil de la mission DART

 “Fin 2022, la sonde américaine DART (Double Asteroid Redirect Test) s’écrasera sur le plus petit d’un système de deux astéroïdes appelé Didymos. Comme dans le cadre du test mené par Hayabusa2, cette collision devrait former un cratère et mettre à jour des matériaux situés sous la surface dans un environnement dont la gravité est encore plus faible, mais l’objectif principal est de dévier de manière mesurable l’orbite de l’astéroïde Didymoon, qui mesure 160m de diamètre. »

La sonde DART pèsera 550kg, et entrera en collision avec Didymoon à une vitesse de 6km/s. L’énergie d’impact devrait être suffisante pour réussir cette première expérience de défense planétaire consistant à dévier un astéroïde.

L’ESA propose une mission appelée Hera qui se rendrait ensuite aux environs de Didymos afin d’observer l’astéroïde dévié, de mesurer sa masse et de cartographier à haute résolution le cratère laissé par l’impact avec DART.

Hera aux environs de Didymos

«La relation réelle entre la taille du projectile, la vitesse et la taille du cratère dans un environnement à faible gravité est encore mal comprise», ajoute Patrick, qui est également le principal scientifique d'Hera. «Le fait d’avoir des données issues de SCI et Hera sur la taille des cratères dans deux régimes de vitesse d’impact différents nous permettra de recueillir des informations cruciales. »

« La mission Hera est très importante : non seulement nous aurons le test à l’échelle 1 de déflection d’un astéroïde dans l’espace mené par DART, mais aussi le sondage détaillé mené par Hera qui permettra de connaître la composition et la structure de Didymoon. Hera mesurera également la forme précise du cratère laissé par DART, au centimètre près. »

Observation en infrarouge du cratère d’impact

« DART et Hera tireront parti de l’expérience d’impact Hayabusa2 et aideront à combler nos lacunes dans le domaine de la déflection d’astéroïdes ; elles pourront nous amener à un point où une telle méthode pourrait être utilisée pour de vrai. »

Hera mission
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