Un second « bedrest » féminin se prépare

Marjo Järvinen
On recherche activement douze nouvelles candidates!
13 juin 2005

A Toulouse, douze femmes ont subi 60 jours d’alitement volontaire pour simuler les effets physiologiques de l’impesanteur sur l’organisme. Aujourd’hui, on recherche activement douze nouvelles candidates pour prolonger l’expérience et approfondir les résultats.

Début juin, les douze volontaires de la première session de l’étude WISE (Women International Simulation Experiment), ont été « libérées » progressivement, au fur et à mesure que le suivi de leur retour à la station debout prenait fin à la clinique spatiale du MEDES (Institut de Médecine et de Physiologie Spatiale), à Toulouse.

Pendant deux mois, ces douze femmes sont restées allongées avec une inclinaison de 6°, les pieds légèrement surélevés par rapport à la tête, afin d’induire dans leur organisme les mêmes phénomènes que ceux causés par de longues périodes d’impesanteur. Elles étaient réparties en trois groupes de quatre, afin d’étudier les effets de contre-mesures destinées à combattre les pertes de masse musculaire, aqueuse et osseuse, ainsi que les décroissances de certaines fonctions (cardiaques, mouvements,..). Alors qu’un groupe témoin n’effectuait aucune activité particulière, un groupe « exercice » était soumis à des séances d’exercice régulières et un autre voyait ses repas quotidiens accompagnés d’une ration de complément alimentaire (certains aminoacides qui sont les composants de base des protéines).

Les exercises physiques ont confirmé leur utilité

« La nutrition a une grande influence sur l’adaptation physiologique » relève Didier Schmitt, responsable des programmes des Sciences du Vivant à l’ESA. « Nos premiers résultats, qui doivent encore être confirmés, indiquent que les volontaires qui absorbaient des compléments en acides aminés parvenaient à mieux préserver leurs performances musculaires et vasculaires ».

« Les exercices physiques ont également confirmé leur utilité », renchérit Peter Jost de l'ESA, coordonnateur du projet WISE, « une session de quelques minutes tous les trois jours sur le Flywheel constitue une contre-mesure très efficace pour prévenir la perte de masse musculaire dans les cuisses et dans une moindre mesure dans les mollets ». Le Flywheel est un appareillage de musculation spécialement conçu pour fonctionner en impesanteur (mais aussi au sol). Il utilise le principe du yoyo sur une poulie métallique – un volant d’inertie - pour appliquer des efforts de flexion et d’extension dans les jambes.

Des résultats encore préliminaires

Les scientifiques compilent leurs premiers résultats

Aujourd’hui, les 70 scientifiques partenaires du programme compilent leurs premiers résultats. Du fait de la complexité des analyses des quelque 184 examens et 40 prélèvements sanguins effectués sur chacune des volontaires, il est encore trop tôt pour parvenir à des conclusions définitives.

« L’étude a été conçue pour 24 candidates », rappelle Peter Jost, « et nous avons vraiment besoin de doubler les protocoles expérimentaux que nous avons pratiqués lors de cette première phase pour commencer à pouvoir tirer des conclusions statistiquement significatives ».

La session qui vient de s’achever à Toulouse constitue une première mondiale car jamais une expérience de « bedrest » féminin aussi longue et complexe n’avait été accomplie. Les vols spatiaux de longue durée pratiqués par des femmes restent encore relativement rares. Seules quatre (une Russe et trois Américaines) ont effectué un vol de plus de deux mois. Se pose aussi la question de savoir pourquoi les femmes plus souvent victimes que les hommes de vertiges ou d’évanouissements lorsqu’elles passent d’une position couchée ả une position debout après un vol spatial de courte durée. Cette « intolérance orthostatique » est à ce jour la seule différence connue entre les réactions des deux sexes à l’impesanteur. C’est pourquoi les principales agences spatiales du monde entier y sont associées : l’ESA et le CNES, bien sûr, mais aussi la NASA et l’Agence Spatiale Canadienne .

Applications sur Terre

Les études physiologiques sont importantes

Les études physiologiques menées dans le cadre des expériences de « bedrest » ne se limitent pas à la préparation des vols spatiaux de longue durée, loin de là, elles trouvent aussi de nombreuses applications sur Terre, par exemple pour l’aide aux malades nécessitant un alitement prolongé , ou pour la lutte contre l’ostéoporose en général.

« Cette inactivité prolongée sous contrôle médical est aussi idéale pour étudier les mécanismes précurseurs du syndrome métabolique » relève avec enthousiasme Peter Jost. Lié à la sédentarisation et à la baisse d’activité physique, le syndrome métabolique est à l’origine de l’augmentation fulgurante des cas d’obésité dans les sociétés modernes et de l’accroissement des risques de maladies cardio-vasculaires. « C’est un mal qu’il faut combattre avant qu’il ne s’installe et les premiers résultats que nous avons engrangés devraient nous permettre de mieux en comprendre les premières phases et de définir les meilleurs moyens de lutter contre ses effets négatifs ».

Des volontaires pour la 2e phase

Pour la seconde phase, qui doit débuter en septembre, l’ESA, le CNES et le MEDES sont à la recherche de 12 nouvelles volontaires dans toute l’Union Européenne.

« L’aspect international de cette sélection est également important pour les facteurs psychologiques », note Peter Jost. « Les équipages des futures missions de longue durée seront mixtes et internationaux or nous savons que l’équilibre psychologique joue un rôle de premier plan sur l’équilibre physiologique ».

Ces femmes devront avoir entre 25 et 40 ans, être en bonne santé, non-fumeuses, bénéficier d’une couverture sociale. Pour des raisons d’ordre pratique, elles devront également parler couramment français ou anglais. Par ailleurs, au cours de l’expérimentation, des analyses et des échographies de contrôle seront pratiquées quotidiennement sur les volontaires pour prévenir tout risque de thrombose.

Une équipe inoubliable

En comptant les 20 jours, précédant l'alitement, consacré aux nombreux tests effectués pour l'enregistrement des paramètres de base et les 20 jours de rééducation après le lever, c’est un total de 100 jours que les volontaires passeront à la clinique spatiale. Après leur départ, comme les volontaires de la première session, elles bénéficieront d’un suivi médical et psychologique pendant trois ans.

Loin de se considérer comme de « cobayes », les volontaires de la première session n’hésitent pas à rappeler leur rôle central dans cette étude et l’intérêt qu’elles ont pris à y participer en tant que membres à part entière de l’équipe.

Elles étaient rayonnantes lors de leur présentation à la presse le 2 juin, deux semaines à peine après le lever des premières d’entre elles et à la veille de leur départ. Toutes se sont accordées pour qualifier cette expérience personnelle comme « un moment unique et inoubliable » dans leur vie, qu’elle seraient prêtes à retenter. Un jugement à ne pas prendre à la légère quand il vient d’une championne d’aviron, de deux parachutistes ou d’une globe-trotteuse émérite : ce sont des femmes d’expérience.

Pour plus d’informations, veuillez contacter :

Peter Jost
Coordonnateur WISE
ESA/ESTEC
Tel: +31 71 565 66 12

Didier Schmitt
Responsable des programmes des Sciences du Vivant
ESA/ESTEC
Tel:+ 31 71 565 48 88

Dr. Arnaud Beck
MEDES
Tel:+33 (0)5 62 17 49 50

Franco Bonacina
Service des Relations avec les médias
ESA
Tél. : +33 (0) 1 53 69 71 55
Fax : + 33 (0) 1 53 69 76 90

Dieter Isakeit
Direction des Vols habités, de la Microgravité et de l'Exploration
Tel.: +31 (0) 71 565 5451
Fax: +31 (0) 71 565 8008

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