L’un des grands artisans de l’Europe spatiale nous a quitté

8 février 2005

Le Pr. Hubert Curien, qui fut président du Conseil de l’ESA, président du CNES et ministre français de la Recherche, est décédé dimanche 6 février, à l’âge de 80 ans.

Les journalistes français aimaient à le présenter comme « le père d’Ariane », un titre que lui-même n’a jamais revendiqué, même s’il a été l’un des acteurs essentiels de cette aventure.

Né le 30 octobre 1924 à Cornimont, dans les Vosges, Hubert Curien se passionne pour les sciences dès le lycée. Après un bref détour par le maquis vosgien en 1944, il étudie la physique à l’Ecole Normale Supérieure à Paris. C’est là qu’il rencontre le physicien Yves Rocard qui l’oriente vers la cristallographie, où il se fait remarquer par la découverte d'une nouvelle forme cristalline du gallium. Professeur à 29 ans, il enseigne alors à La Sorbonne puis à l’Université Pierre et Marie Curie.

En 1966, il entre au CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique), comme directeur scientifique. Trois ans plus tard, il en devient le directeur général. En 1973, il est nommé délégué général à la Recherche Scientifique et Technique.

The first Ariane launch
Premier vol d'Ariane

Le 1er juillet 1976, il accède à la présidence du CNES, où il restera jusqu’en 1984. C’est la grande époque des débuts du programme Ariane, dont le premier vol a lieu la veille de Noël 1979, et de la création d’Arianespace. Hubert Curien préside également aux débuts du programme Spot et aux premières participations françaises à des programmes scientifiques majeurs de l’ESA, comme la sonde Giotto vers la comète de Halley ou le satellite d’astrométrie Hipparcos.

Européen convaincu, Hubert Curien est également président de la Fondation Scientifique Européenne en 1979, avant d’être élu le 30 juin 1981 à la présidence du Conseil de l’ESA, à l’époque où sont prises les décisions de développer de nouvelles versions d’Ariane, dont Ariane 4, ainsi que de lancer les premières études sur Ariane 5

Lors d’un lancement d’Ariane à Kourou, sa popularité est remarquée par Laurent Fabius, qui décide de faire appel à lui au sein de son gouvernement. C’est ainsi qu’il devient ministre français de la Recherche de 1984 à 1986. Ce portefeuille lui sera à nouveau confié en 1988 et il le conservera jusqu’en 1993. Parmi ses initiatives on compte notamment le lancement en 1985, avec l'Allemagne et 15 autres pays européens, du programme Eurêka pour stimuler la recherche et la coopération européenne entre les industriels. Ce grand vulgarisateur est également à l’origine, en 1992, de la « Fête de la Science », manifestation qui se déroule depuis chaque année au mois de juin, pour rapprocher les citoyens de la science et de ses acteurs.

Eduspace handover
En 2002, Hubert Curien remet à l'ESA le site internet Eduspace

Cette même année, il assure la présidence du conseil ministériel de l’ESA à Grenade, qui redéfinit les grandes orientations du plan spatial européen à long terme et entame une nouvelle coopération avec la Russie après l’effondrement de l’Union Soviétique.

Par la suite, Hubert Curien est nommé à la tête du conseil du CERN (Centre Européen de Recherche Nucléaire), de 1994 à 1996, et de la Fondation de France de 1998 à 2000, avant de devenir en 2001, président de l'Académie des sciences dont il était membre depuis 1993.

« Avec la disparition d’Hubert Curien, l’Europe et l’ESA perdent non seulement un des bâtisseurs, qui a joué un rôle déterminant dans la définition et la mise en œuvre de la politique spatiale européenne, et en particulier du lanceur Ariane, mais aussi un grand homme et ami », a déclaré Jean-Jacques Dordain, le directeur général de l’ESA. « Nous gardons le souvenir non seulement d’un défenseur passionné de la cause de l’espace mais aussi d’un homme aux qualités humaines exceptionnelles ».

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