La France assume la présidence tournante de la Charte « Espace et Catastrophes Majeures »

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Logo de la Charte
6 novembre 2008

Créée en 2000 afin de faciliter la diffusion rapide d’imagerie satellitaire pour la gestion des secours aux zones sinistrées, cette Charte internationale est passée sous responsabilité française pour six mois.

Les agences spatiales signataires de la Charte « Espace et Catastrophes Majeures » se sont engagées à fournir, gratuitement et sur une base volontaire, des données satellitaires aux autorités de sécurité civile responsables des zones touchées par toutes sortes de catastrophes d’origine naturelle - principalement d’ordre météorologique, sismique ou volcanique – ou humaine – comme certaines pollutions massives - afin de pouvoir organiser le plus efficacement possible les secours aux victimes et les moyens de gestion de crise.

« Le but de la Charte Internationale est très simple : répondre à des demandes urgentes en laissant de côté les procédures habituelles afin de mettre à disposition au plus vite et sans coût des images satellitaires concernant l’impact d’un désastre. Dans cette démarche les images ne sont pas gratuites. La plupart des agences spatiales ne possèdent pas les données et elles doivent parfois les acquérir auprès des opérateurs commerciaux chargés de leur distribution » note Philippe Bally, représentant de l’ESA au secrétariat exécutif de la Charte. « Une image brute ne présentant aucun intérêt, ce sont aussi les agences qui font passer ces images par leurs prestataires de photo-interprétation pour obtenir des données utilisables par les utilisateurs finaux ».

Le recours à la Charte est possible via un guichet unique, un numéro d’appel géré par l’ESRIN, le centre de recherche de l’ESA situé à Frascati, près de Rome, qui héberge également le serveur de mise à disposition des données. Membre fondateur de la Charte avec le CNES, l’ESA apporte en outre, et depuis l’origine, la contribution de ses propres satellites ERS et Envisat.

Des satellites pour sauver des vies

Flooded areas in Honduras
Inondations au Honduras en octobre

En huit ans, la Charte a été activée 196 fois, dont 45 fois en 2007 et déjà 35 fois en 2008 (au 31 octobre). Parmi les crises que les moyens de la Charte ont aidé à gérer au cours des derniers mois : le désastre lié au passage du cyclone Nargis en Birmanie et les tremblements de terre au Sichuan en mai 2008, ou les différents cyclones ayant frappé les petites et les grandes Antilles en septembre et octobre.

« Nous en sommes à environ une activation par semaine » indique André Husson, de la direction Stratégie et Programmes du CNES pour l'observation de la Terre, membre du comité directeur de la Charte. Fin octobre, elle a même été activée deux fois en moins de 24 heures, pour de graves inondations au Honduras et au Yémen.

Ces activations sont déclenchées par l’un des 41 « utilisateurs autorisés » des 35 pays représentés par les agences spatiales signataires ou l’un des deux bureaux de l’ONU en charge des affaires spatiales : Unosat à Genève et OOSA (Office of Outer Space Affairs) à Vienne.

Dans toutes ces crises, l’imagerie satellitaire, alliant observations radar et optiques, dans de multiples bandes spectrales et à divers degrés de résolution, a largement démontré sa capacité à faciliter le travail des forces de sécurité civile pour gérer les crises, porter secours aux survivants voire lutter contre les catastrophes elles-mêmes, comme ce fut le cas lors des violents incendies en Grèce à l’été 2007.

En mettant le satellite au service de la sécurité des citoyens de l’Europe et du monde, la Charte préfigure les activités du volet « Emergency Response » du programme Kopernikus – anciennement GMES – mené conjointement par l’ESA et l’Union Européenne pour la veille environnementale et la sécurité.

Troisième présidence française

Artist's impression of Envisat
Le satellite Envisat de l'ESA contribue à la Charte

C’est la troisième fois que le CNES (Centre national d’études spatiales), fondateur de la Charte aux côtés de l’ESA, en assume la présidence tournante. L’agence spatiale française succède à son homologue canadienne (CSA/ASC), troisième agence spatiale à avoir rejoint la Charte dès 2000. La CONAE (Commission nationale des activités spatiales) argentine, signataire depuis 2003, succèdera au CNES dans six mois.

Organisée sur la base d’une contribution volontaire de ses signataires, la Charte ne dispose pas de structure centralisée, mais pour gérer les situations d’urgence qui caractérisent ces situations de crise, une chaîne de décision simplifiée est nécessaire. Cette présidence confère donc au CNES un statut de « primus inter pares » pour gérer les moyens disponibles et prendre la direction des opérations en cas d’activation de la Charte. Le CNES préside aussi le secrétariat exécutif de la Charte qui doit notamment se prononcer sur les cas litigieux, aux limites de ses compétences.

« Il nous est arrivé de refuser une activation de la Charte lorsque la cause de la catastrophe invoquée était une guerre » raconte Jérôme Béquignon de l’ESA, ancien membre du secrétariat exécutif. La Charte étant une organisation d’assistance à la sécurité civile, elle ne peut pas fournir des données qui s’apparenteraient à du renseignement militaire.

Neuf signataires, six milliards de bénéficiaires

ESA images in Google Earth
Des images ESA sont déjà sur Google Earth

Les délégués des agences signataires se sont réunis fin octobre à Toulouse. Outre l’ESA, le CNES, la CSA/ASC et la CONAE, la Charte regroupe également la NOAA (National Oceanic & Atmospheric Administration) et de l’US Geological Survey pour les Etats-Unis, ainsi que de l’agence spatiale indienne ISRO (membres depuis 2001), les agences spatiales japonaise JAXA et britannique BNSC (depuis 2005) et l’agence spatiale chinoise CNSA (depuis 2007).

« Le nombre de pays représentés par la Charte est plus important qu’il n’y paraît, car le BNSC est signataire pour l’organisme privé DMC (Disaster Monitoring Constellation) » explique Jérôme Béquignon. Cette constellation comprend des satellites fournis par l’Algérie, la Chine, le Nigéria, le Royaume-Uni et la Turquie. De même, les images du satellite taïwanais Formosat 2 sont disponibles grâce un accord de distribution via Spot Image.

Parmi les sujets évoqués lors de cette réunion, une proposition du moteur de recherche américain Google de diffuser les données émises par la Charte sous la forme de « couches » (« layers ») pour son application Google Earth, qui donne déjà accès, notamment, à des images fournies par l’ESA. « Cela permettrait de donner une plus grande visibilité des activités de la Charte au niveau des médias et du grand public » estime André Husson, « mais il y a de nombreux points à préciser, notamment en ce qui concerne la propriété des données qui seront diffusées ».

Damage assessment maps
Carte des dommages causés par le cyclone Nargis en Birmanie

Egalement au menu, une demande de l’organisation GEO (Group on Earth Observations) qui regroupe quelque 76 pays et organisations internationales impliqués dans l’Observation de la Terre. Le GEO souhaiterait voir amélioré l’accès à la Charte pour l’ensemble de ses pays membres, ce qui n’est pas sans poser quelques défis étant donné le volume et la diversité des utilisateurs représentés.

Depuis 2003, l’ONU dispose déjà d’un mécanisme d’accès concernant la communauté humanitaire et notamment les acteurs de l’ONU qui interviennent sur une base mondiale dans le contexte de catastrophes naturelles majeures pour lesquelles l’assistance internationale est en jeu. Qu’il s’agisse de l’ONU ou des pays membres de GEO, la philosophie de la Charte Internationale est la prise en compte du principe « d’accès universel » afin de mieux répondre aux désastres et de façon globale.

« Toutefois, nous devons veiller à de stricts critères, de risque majeur, d’urgence, et de secours à apporter » souligne André Husson. « Il faut éviter de multiplier les déclenchements, et en user avec mesure, car ces missions sont prioritaires sur les usages commerciaux des satellites ».

Ces deux propositions devraient être discutées plus avant lors de la prochaine réunion des membres de la Charte, en avril 2009 en Argentine.

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