La caméra de la sonde Huygens, au-delà des espérances

Prof. Nicolas Thomas
Prof. Nicolas Thomas
7 mars 2005

DISR, pour Descent Imager Spectral Radiometer, était certainement une des expériences optiques les plus complexes jamais embarquées à bord d’une sonde. Cet instrument qui a demandé plus de 6 ans de développement.

DISR a parfaitement fonctionné pendant la descente de Huygens dans l’atmosphère de Titan et a envoyé de remarquables images sur Terre. Nicolas Thomas, professeur à l’université de Berne, a participé au développement du DISR.

Les caméras électroniques, plus particulièrement les détecteurs CCD, font partie des domaines de prédilection de Nicolas Thomas, professeur à l’université de Berne. Il a collaboré à la mise au point de la caméra de Rosetta, la sonde de l’ESA qui est partie l’année passée explorer la comète Churyumov-Gerasimenko, ainsi qu’au développement de la caméra du DISR qui s’est posée sur Titan le 14 janvier dernier. Nommé il y a deux ans professeur à l’Université de Berne, Nicolas Thomas participe à l’analyse des données du DISR, un de ses étudiants a d’ailleurs commencé une thèse de doctorat sur les images de Titan.

Question : Nicolas Thomas, est-ce que la qualité des images prises par DISR correspond à vos attentes ?

Réponse : Toute l’équipe a été impressionnée par la qualité des images envoyées par la sonde, la caméra a fonctionné comme prévu, et même au-delà de nos espérances, puisque les batteries de Huygens ont fourni de l’énergie 65 minutes de plus que prévu. C’est incroyable, penser que nous avons commencé la mise au point de cette caméra en 1989 et que 16 ans plus tard nous recevons des images de cette qualité, l’expérience est un succès total.

Q : Quelle a été votre réaction lorsque vous avez découvert les premières images de Titan ?

R : Une stupéfaction totale. Comme la plupart de mes collègues je pensais que nous allions découvrir un monde recouvert de glue organique. Nous pensions que, sous l’action du rayonnement UV, le méthane contenu dans l’atmosphère se polymérisait pour tomber sur la surface sous forme d’huile gluante. Au lieu de ça, de la roche et du sable, à tel point qu’on a cru que c’était Mars.

Photo de la surface de Titan

Q : Avez-vous déjà une idée de la composition de ces roches ?

R : Les premières analyses laissent supposer qu’il s’agit d’un mélange contenant en majorité de l’eau sous forme de glace, mais nous n’en avons pas encore la preuve formelle.

Q : Les images de Titan ont fait le tour du monde, mais DISR ne vous a pas envoyé que des images ?

R : C’est exact, le DISR est certainement une des expériences optiques les plus compliquées jamais embarquées sur une sonde spatiale. Tout au long de la descente, l’instrument a enregistré des spectres visibles et infrarouges de la lumière ambiante, leurs variations avec l’altitude permet de reconstituer le profil chimique de l’atmosphère. Les spectres révèlent la présence de nuages jusqu’environ 20-25 km, soit bien plus bas que ne le prévoyaient les modèles physiques. Près de la surface, la lumière solaire est fortement absorbée par le méthane atmosphérique. Une lampe de 20 Watt a alors été allumée pour éclairer le sol. Les images et les spectres semblent effectivement révéler la présence de glace.

Q : La perte de la moitié des images vous affecte-t-elle beaucoup du point de vue scientifique ?

R : DISR a pris des images de Titan dans des directions différentes et avec des résolutions différentes pour produire des mosaïques de la surface. Certaines de ces images se recoupaient, même si c’est dommage, la perte de la moitié des images ne représente pas la perte de la moitié des résultats scientifiques possibles. La perte scientifique peut être estimée à environ 20% - 20% de perte sur une expérience d’une mission qui en comptait six. On est loin de la moitié des données scientifiques perdues comme annoncé dans un premier temps.

Copyright 2000 - 2014 © European Space Agency. All rights reserved.