Léopold Eyharts, l’homme qui éveillera Columbus à la vie

Léopold Eyharts
13 février 2007

Ancien pilote d’essai, astronaute depuis 1990 et membre du corps des astronautes de l’ESA depuis 1998, Léopold Eyharts se prépare aujourd’hui pour son deuxième vol dans l’espace, lors de la mission STS-122 en octobre, qui emportera également le laboratoire Columbus et un autre astronaute de l’ESA, Hans Schlegel. Depuis le Centre Spatial Johnson, à Houston, il nous présente sa mission.

Vous venez d’être sélectionné pour un vol de deux mois à bord de la Station spatiale internationale (ISS) à la fin de l’année. Quel sera votre rôle à bord ?

Il sera multiple. Dans un premier temps il s’agira de sortir le laboratoire européen Columbus de la soute de la navette, de l’arrimer à la station puis de l’activer. Viendra ensuite la phase de réception des systèmes de bord et des équipements scientifiques qu’il contient déjà. Une partie de ces activités aura lieu alors que la navette sera encore arrimée à la station et elle se poursuivra après son désarrimage, alors que je resterai à bord en attendant le vol de navette suivant pour redescendre. Je serai aussi membre de l’équipage permanent de l’expédition n°16, ce qui m’amènera à intervenir également sur les parties russes et américaines de l’ISS. En tant que spécialiste robotique, l’une de mes tâches sera d’actionner le bras télémanipulateur de la station, en particulier lors des sorties extra-véhiculaires, pour assister les astronautes à l’extérieur de la station.

ISS configuration following STS-116
Un vol de deux mois à bord de la Station spatiale internationale (ISS) à la fin de l’année

Quand exactement deviendrez-vous membre de l’expédition n°16 ?

Sitôt après l’arrimage de la navette, je transfèrerai ma couchette à bord du vaisseau Soyouz qui sert pour le retour de l’équipage permanent. J’échangerai ma place avec l’astronaute américain Dan Tani qui transfèrera sa propre couchette vers la navette. C’est à ce moment précis que je cesserai d’être membre de l’équipage de STS-122 pour intégrer celui de la station.

Quels seront les points forts de votre mission ?

Le transfert de Columbus vers la station, son arrimage et son activation initiale seront des moments critiques. Il faudra donner vie à tous ces systèmes pour que le module devienne partie intégrante de la station. Il y aura aussi quatre sorties dans l’espace par les astronautes de la navette pour la poursuite de l’assemblage de l’ISS. Hans Schlegel, de l’ESA, participera à trois d’entre elles. Nous serons trois opérateurs robotiques à bord à ce moment là. Ce n’est pas moi qui assurerai le transfert de Columbus, mais je serai aux commandes du bras de l’ISS pour les deux dernières sorties.

Columbus laboratory (cutaway view)
Columbus est la pierre angulaire de la contribution de l'Europe à la Station spatiale internationale

Quand commencez-vous l’entraînement spécifique pour cette mission ?

Mon entraînement spécifique a commencé dès août dernier et avant cela j’ai été la doublure de Thomas Reiter ce qui fait que j’ai déjà accompli une bonne part de l’entraînement une première fois, notamment pour l’essentiel de l’entraînement en Russie.

Vous avez volé trois semaines à bord de Mir. Est-ce que cette expérience est importante pour préparer votre prochaine mission ?

Ça l’est en particulier pour tout ce qui concerne les équipements et les opérations de la partie russe, car les systèmes russes à bord de l’ISS sont des évolutions de ceux qui étaient à bord de Mir. Cela m’aide aussi pour la maîtrise de la langue russe ! Enfin, l’expérience du vol spatial est toujours utile car on connaît déjà les petits détails de la vie à bord.

Votre précédent vol remonte à 1998. Que fait un astronaute lorsqu’il passe 9 ans sans voler ?

Je suis toujours resté dans les activités spatiales. Lors de ma mission précédente, Pégase, j’étais encore astronaute du CNES. En août 1998 j’ai rejoint le corps des astronautes de l’ESA et j’ai intégré une promotion de candidats astronautes de la NASA à Houston avec trois autres astronautes européens. Nous avons suivi deux ans de formation sur la navette spatiale et quelques bases sur l’ISS pour recevoir notre qualification de « spécialiste de mission ». Par la suite, nous avons été affecté à des tâches de support technique pour la préparation des missions futures. En tant que représentants du bureau des astronautes nous effectuons des évaluations techniques et opérationnelles. En parallèle, nous maintenons nos compétences sur la navette et la station avec de l’entraînement en simulateur et nous recevons une formation spécialisé esur certaines activités comme les sorties extra-véhiculaires, la robotique ou les rendez-vous et arrimages en orbite. Malheureusement, l’ensemble du programme a aussi connu un décalage de trois ans après Columbia.

ESA astronaut Léopold Eyharts
Au cours de sa mission ISS, il exercera les fonctions d'ingénieur de vol et participera aussi aux activités de robotique

Vous étiez la doublure de Thomas Reiter sur Astrolab l’an dernier. Frank De Winne sera votre doublure sur ce vol-ci. En quoi consiste le rôle de doublure et qu’éprouve-t-on en regardant les autres s’envoler ?

La doublure reçoit le même entraînement que l’astronaute titulaire. Jusqu’aux deux ou trois dernières semaines avant le lancement, elle est préparée comme si elle devait partir pour de bon. Pour moi rester au sol n’était pas particulièrement frustrant. J’ai déjà été doublure de Claudie Haigneré par le passé. Cela fait partie de notre travail et cela nous apprend beaucoup. L’entraînement pour une mission prend environ 18 mois, ce qui est relativement court. Après s’être déjà entraîné comme doublure on se sent plus à l’aise.

Vous partirez à bord de la navette Discovery avec un autre astronaute de l’ESA, l’allemand Hans Schlegel. Qu’est ce que cela vous inspire ?

Ce n’est pas une première : Claude Nicollier et Jean-François Clervoy sont déjà partis ensemble sur un vol de maintenance du télescope Hubble en 1999. Je trouve cela très motivant et enthousiasmant car c’est une chance de participer à la mission qui mettra en place les principaux moyens européens à bord de l’ISS. C’est aussi une forte responsabilité devant l’importance des enjeux. L’année 2007 sera très importante pour les vols européens. Il y aura bien évidemment notre vol avec Columbus, mais avant nous il y aura aussi la mission de Paolo Nespoli avec le Node 2, c’est à dire le module sur lequel nous arrimerons Columbus. Par ailleurs, nous lancerons également le cargo ATV qui pourrait être encore arrimé à la partie russe de l’ISS au moment de mon arrivée. Dans ce cas, son désarrimage interviendrait alors que je serai à bord. Je m’entraîne aussi pour cela.

Hans Schlegel
Hans Schlegel

Vous allez passer deux mois avec l’astronaute américaine Peggy Whitson et le cosmonaute russe Youri Malenchenko, qui seront arrivé à bord de la station à bord d’un Soyouz. Vous êtes-vous entraîné avec eux ?

Même si dans mon cas il y a eu un peu de retard pour la confirmation tant que les négociations n’étaient pas achevées, les affectations aux vols se font 18 mois à l’avance, afin justement de gérer les entraînements. Peggy, Youri et moi, nous travaillons ensemble depuis quelques mois. Ils ont un programme de vol plus lourd et un entraînement plus compact car ils seront à bord pour une durée de six mois. Nous nous retrouvons régulièrement pour nous préparer à certaines phases de la mission, à Houston, à Moscou ou même à Cologne, pour la formation sur Columbus.

Après votre vol, vous aurez volé à bord de la navette et du Soyouz, ainsi que de deux stations orbitales. Comment peut-on mettre à profit cette expérience pour préparer les missions de demain ?

Les missions de demain ce sera toujours l’ISS, car elle sera là au moins jusqu’en 2018. Nous allons avoir des vols réguliers d’astronautes européens et nous continueront aussi à voler sur la navette jusqu’en 2010. Après cela, ce seront surtout des vols de longue durée. L’expérience acquise sera très utile. Pour les missions d’après-demain, il est un peu tôt pour en parler car cela dépendra des décisions prises. Les Etats-Unis ont entrepris un nouveau programme avec Orion et le retour à la Lune. Pour l’Europe, la Russie et même le Japon, il n’y a encore rien de clairement défini. Je doute de faire partie de ceux qui voleront à ce moment là, mais l’expérience gagnée avec les vols actuels est un investissement utile pour ces activités futures.

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