Fracture numérique: volonté politique et solutions spatiales

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Luxembourg
15 octobre 2004

L’espace peut apporter sa contribution dans la réduction de la fracture numérique, c’est ce qui ressort du colloque luxembourgeois « En route vers Lisbonne », consacré à l’économie de la connaissance dans une perspective européenne, qui s’est tenu les 12 et 13 octobre dans le Grand-duché.

Un séminaire était notamment organisé par l’Agence spatiale européenne sur l’apport des solutions spatiales pour résorber l’inégalité actuelle dans l’accès aux nouvelles technologies, au sein de l’Europe élargie.

A Lisbonne, en Mars 2000, le Conseil Européen s’était fixé comme objectif de faire de l’Europe « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d’une croissance économique durable ». Pour atteindre ce but il est particulièrement urgent de réduire ce que l’on a coutume d’appeler la fracture numérique.

« La fracture numérique va encore accentuer la fracture sociale si nous ne prenons pas de mesures, alors que les nouvelles technologies pourraient nous aider à combler cette fracture sociale » a ainsi affirmé François Biltgen, ministre luxembourgeois de la culture, de l’enseignement supérieur et de la recherche qui participait à la table ronde de l’ESA.

François Biltgen, Luxembourg Minister of Culture and Research
François Biltgen

Cette session a permis d’évoquer les différents aspects de ce dossier et notamment de mettre à plat les avantages et les inconvénients des solutions spatiales.

Les obstacles sont bien identifiés : le coût actuellement trop élevé mais qu’il est possible de faire baisser. «Un effort technologique doit permettre d’arriver à des prix acceptables, au niveau de ce que proposent aujourd’hui les solutions terriennes » a indiqué Didier Faivre, de la Direction des programmes Union Européenne et Industrie à l’ESA, d’autant que les technologies existent ou sont déjà en cours de développement.

Autre difficulté : la réglementation. Comme le soulignait Romain Bausch, PDG de l’opérateur satellite SES Global, « alors qu’aux Etats-Unis il y a une seule réglementation, une seule autorité, en Europe il n’y a pas de règle à l’échelle communautaire mais des règles nationales à tous les niveaux, tant pour les fréquences que pour les autorisations ». Or l’avantage du satellite c’est justement sa couverture pan européenne et au-delà ! Il y a donc un décalage entre les potentialités des satellites et leurs applications.

Pour l’accès à la bande large, utilisée pour les services comme Internet, il n’y a pas actuellement pour les satellites en Europe de grands canaux de distributions mais soit une multitude d’intervenants soit des réseaux existant qui reposent sur les opérateurs de télécommunications classiques qui eux ont plutôt tendance à favoriser leurs solutions terrestres. Ce qui pose aussi la question du soutien public pour que se mette en place un système efficace. Romain Bausch estime que les subventions doivent plutôt être destinées aux contenus qu’aux infrastructures, pour lesquelles des garanties bancaires lui semblent par contre nécessaires.

Catherine Trautman
Catherine Trautman

Effectivement «la fracture numérique est aussi une fracture civique » a souligné Catherine Trautman, députée européenne, ancienne ministre française de la culture et de la communication. Car au-delà du problème d’accès se pose celui de la formation à l’utilisation de ces nouvelles technologies : « l’Europe doit mettre les moyens pour une égalité d’accès mais aussi d’équipement et d’éducation » a précisé l’ancienne maire de Strasbourg.

Il y va là de la volonté politique des institutions européennes qui doivent également prendre en compte le fait que les systèmes satellitaires sont moins vulnérables que les systèmes terrestres et, de plus, sont les seules solutions disponibles en cas de crise !

Enfin, a suggéré le ministre François Biltgen, ces services intégrés sur l’Europe pourraient aussi s’étendre aux pays moins favorisés et participer pleinement à l’aide européenne au développement.

Le problème n’est donc pas seulement technique et si le satellite n’est pas non plus la solution miracle il représente une partie de la solution et c’est pourquoi l’ESA ne veut pas agir de façon isolée mais développer des systèmes satellites correspondant bien aux besoins et aux réalités européennes. L’ESA dans ce contexte souhaite proposer lors de sa prochaine conférence ministérielle fin 2005 un programme fédérant les solutions spatiales pour aider à combler la fracture numérique en partenariat avec la Commission Européenne.

Des exemples concrets montrent ce que l’ESA est capable d’initier : Eutelsat, entreprise aujourd’hui privatisée est issue des satellites ECS ou encore Eumetsat, aboutissement des premiers satellites météorologiques Meteosat. Des idées innovantes devenues des services opérationnels indispensables mais aussi rentables.

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