L’unique suissesse dans l’expérience « Bedrest » raconte

Pia Bereuter pendant l’expérience
18 janvier 2006

L’unique représentante suisse de l’expérience « bedrest » féminine menée par l’Agence spatiale européenne, le Centre national d’études spatiales (CNES), la NASA et l’Agence spatiale canadienne CSA, tire un bilan positif de son séjour de deux mois passé au lit.

Pia Bereuter est en effet l’une des 24 femmes restées allongées pendant 60 jours sur des lits inclinés à 6°, les pieds légèrement surélevés par rapport à la tête. Cette position censée simuler l’impesanteur permet de tester le comportement des femmes lorsqu’elles sont soumises à des conditions se rapprochant de celles subies par les astronautes lors de longs voyages dans l’espace.

Question : Comment en êtes-vous venue à participer à cette expérience ?

Réponse : En parcourant le site web de l’ESA, j’ai appris que l’Agence recherchait des volontaires pour participer à l’expérience « bedrest ». J’aime bien tout ce qui touche le domaine de l’espace, je me suis dit que l’aventure devait être passionnante. Je me suis donc inscrite, j’ai passé tous les tests physiques et psychologiques qui étaient très poussés, et j’ai été acceptée. Il fallait avoir entre 25 et 40 ans, à 25 ans, j’étais la plus jeune de toutes les participantes.

Q : Deux mois au lit, les pieds légèrement surélevés, ça a du être pénible ?

R : Au début je pensais que ça allait être difficile, mais je me suis habituée plus facilement que je ne le pensais. Il y a certes des situations qui ne sont pas très confortables, en particulier tout ce qui concerne la toilette, mais l’équipe qui nous entourait était très efficace et tout s’est bien passé. De plus, l’ambiance était agréable. Nous étions deux par chambre et je me suis très bien entendu avec ma colocataire finlandaise. Nos lits étaient montés sur roulettes et nous pouvions aller rendre visite aux collègues des autres chambres.

Exercice de maintien pendant l'expérience

Q : Vous ne vous êtes jamais ennuyée ?

R : Non pas du tout. Nous discutions beaucoup avec ma voisine, nous avions accès à Internet, nous avions la télévision. Je passais pas mal de temps au téléphone avec ma famille et avec mes amis car les visites n’étaient pas autorisées. De plus, les contrôles médicaux, les exercices et les tests nous occupaient une bonne partie de la journée. J’ai aussi beaucoup lu. Non décidément, je n’ai pas vu le temps passer.

Q : Comment vous sentiez vous lorsque après deux mois vous vous êtes levée pour la première fois ?

R : J’avais maigri des jambes, surtout des mollets. Quand je me suis levée j’avais des courbatures un peu partout dans les jambes, surtout dans les mollets, un peu comme lorsqu’on a fait une grande course de montagne sans entraînement. Après 3 jours ça allait déjà mieux, mais je continuais à faire attention dans la rue surtout, pour monter et descendre des trottoirs par exemple.

Il m’a fallu une vingtaine de jours pour retrouver la plénitude de mes sensations physiques. L’expérience n’est pas tout à fait terminée, nous avons en effet encore des suivis médicaux. Nous avons dû en passer un à la mi-janvier, soit 45 jours après la fin de la période allongée, puis nous en avons encore deux à passer, un après 90 jours et le dernier après 180 jours.

Q : Est-ce que ça vous a donné envie d’aller sur Mars ?

R : Non, pas vraiment. J’ai beaucoup discuté des conditions de voyages, des sacrifices à consentir pour être apte à le supporter ou encore des risques inhérents à une telle expédition. Je crois que je ne suis pas prête pour une telle aventure. Je suis ravie d’avoir contribué à une meilleure connaissance scientifique, mais pour moi, aller sur Mars c’est encore trop risqué.

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