Redu au service des satellites dans le ciel européen

Redu et les terminaux pour Eutelsat
Redu et les terminaux pour Eutelsat
3 décembre 2002

Jusque sur orbite, le Luxembourg a une ardeur d'avance... grâce à l'Agence Spatiale Européenne (ESA). La station de Redu (Libin), en Ardenne belge, joue un rôle discret mais nécessaire dans les activités de l'Europe dans l'espace.

La station possède des atouts pour valoriser son infrastructure auprès d'opérateurs de satellites à des fins commerciales.

Depuis 1968, quand fut implantée la station de poursuite des satellites européens, le petit village de Redu vit à l'heure de l'Europe dans les étoiles. Dans une cuvette naturelle, à la lisière des bois, l'espace y a fait pousser un champ d'antennes pointées vers le ciel. Cette station permet d'assurer le suivi, sur orbite, d'une grande variété de satellites, notamment pour des applications spatiales. Aujourd'hui, ce sont une cinquantaine de personnes qui y travaillent, sous la direction de l'ingénieur britannique John Mac Lauchlan pour l'ESA et de l'ingénieur belge André Derwael pour la société VitroCiset EPB, chargée des opérations et de la maintenance. Cette équipe de Redu a vu se multiplier les corolles blanches des antennes paraboliques qui servent à établir des liaisons avec les satellites dans les bandes S (2,6/2,5 GHz), C (6/4 GHz), Ku (18-14/12 GHz) et Ka (30/20 GHz).

"Redu est équipé pour tester, manoeuvrer et contrôler sur orbite tous les satellites géostationnaires de télécommunications et de télédiffusion, actuels et à venir", explique J. Mac Lauchlan. "La station est fortement impliquée dans les missions ARTEMIS et PROBA, deux satellites technologiques de l'ESA. Elle est mise à disposition pour d'autres opérateurs de satellites, comme la société Eutelsat et la NASDA japonaise. Cette activité hors ESA est en train d'augmenter, surtout que l'ESOC, le centre européen d'opérations spatiales à Darmstadt, nous a mandatés pour commercialiser toute capacité excédentaire de nos services de support. La station de Redu, que je dirige depuis 20 ans, est en train de renforcer son infrastructure afin de mettre son savoir-faire à la disposition des satellites dans le ciel européen."

ARTEMIS (enfin) à poste

Dernière mission du centre de contrôle ECS
Dernière mission du centre de contrôle ECS

Dans les années à venir, l'activité de la station de Redu paraît assurée pour le programme de l'ESA, notamment pour le satellite technologique de télécommunications ARTEMIS (Advanced Relay and Technology Mission). Sa mission est fort diversifiée, donc très complexe, puisqu'il doit assurer des liaisons avec des satellites en orbite basse (comme SPOT-4 et Envisat pour l'observation de la Terre), relayer leurs hauts débits de données en bandes S et Ka ainsi qu'en mode optique (faisceau laser), permettre des services en bande L avec les mobiles terrestres pour des communications (système EMSat géré par Eutelsat) et pour la navigation (EGNOS ou European Global Navigation Overlay System).

ARTEMIS était lancé par la 10ème Ariane 5 le 12 juillet 2001 mais était placé sur une orbite trop basse. Réalisé par Alenia Spazio, ce satellite de 3,1 tonnes au lancement a dû manoeuvrer pendant dix-huit mois. A l'aide de ses propulseurs ioniques, il a pu progressivement relever son altitude de 31.000 km pour atteindre sa position géostationnaire de 21,5 degrés Est. Ce sera chose faite à la fin de janvier. Pour Benoît Demelenne, responsable ESA pour les opérations à la station ardennaise, ce sauvetage arrive à point nommé : "Ce 28 novembre, nous allons procéder à la "sortie" du satellite ECS-4 de l'orbite géostationnaire. Redu, qui était jusque là le centre de contrôle pour les satellites de télécommunications ECS d'Eutelsat, tourne une page. La salle ECS va être modifiée pour une autre utilisation. Nous nous concentrons désormais sur la mission ARTEMIS, puisque nous devons gérer les ressources du satellite comme relais de données et pour des liaisons inter-satellites. Redu compte jouer un rôle dans les communications avec les éléments européens de l'International Space Station, comme les modules ATV et Columbus. Pourquoi ne pas y effectuer de la téléscience via ARTEMIS ?"

Une infrastructure en expansion

Redu contrôle les satellite INTEGRAL et PROBA
Redu contrôle les satellite INTEGRAL et PROBA

Outre l'ESA qui va employer la capacité d'ARTEMIS pour les données du satellite d'observation Envisat, des agences spatiales vont y recourir depuis la station de Redu : le CNES (Centre National d'études Spatiales) pour SPOT Image, la NASDA (National Space Development Agency) du Japon avec ses satellites de télédétection et avec le module JEM (Japanese Experiment Module). La station ardennaise est chargée du contrôle de PASTEL (Passager de Télécommunications), le terminal optique à bord du satellite SPOT-4 et qui doit communiquer avec OPALE (Optical Payload for inter-satellite link experiment), son correspondant sur ARTEMIS. Redu est par ailleurs équipé pour le contrôle et l'utilisation du premier micro-satellite de l'ESA, PROBA-1 (Project for On-Board Autonomy) de 97 kg. Ce précurseur technologique d'engin intelligent dans l'espace, qui est en orbite depuis octobre 2001, poursuit une mission d'observations de l'environnement terrestre. Il se trouve dans le champ de visibilité de Redu quatre fois par jour pendant dix minutes. Les opérations de collecte de données et de chargement d'ordres sont automatisées.

Equipements de la NASDA japonaise à Redu
Equipements de la NASDA japonaise à Redu

"La station continue de jouer pleinement son rôle dans le cadre européen, notamment comme centre de contrôle de réserve pour les satellites d'astrophysique XMM-Newton et INTEGRAL. Elle est par ailleurs responsable du guidage, de la réception des données et des opérations de télécommande de l’observatoire INTEGRAL. L'ESA veut rentabiliser Redu avec des missions pour des opérateurs commerciaux mais, à l'heure actuelle, elle ne peut pas investir dans des matériels qui répondent à leurs besoins spécifiques", précise le Directeur John Mac Lauchlan. "C'est VitroCiset, notre partenaire industriel, qui se charge d'investir dans les équipements nécessaires à l'activité commerciale."

Redu a des contrats:

- avec la société Eutelsat, dont les satellites sont testés en orbite depuis plusieurs années et pour laquelle la station ESA est désormais intégrée à son réseau de télémétrie et télécommande en bande S. VitroCiset a financé la construction d'une parabole de 9.3 m pour les liaisons en bande S ainsi que l'installation de six antennes offset de 3.8 m en bande Ku.

- avec la société New Skies Satellites de La Haye comme centre de contrôle de rechange (Hot stand-by) - en parallèle avec son centre de La Haye - pour son système global de satellites. Il est question qu'elle y installe des terminaux pour le suivi du fonctionnement des charges utiles sur orbite géostationnaire.

- avec Hughes Global Services (HGS) qui va y utiliser une antenne parabolique de 9 m pour son satellite de télécommunications HGS-3, l’ex-Palapa C1 repositionné au-dessus de l’Océan Indien. La station de Redu fait ainsi partie du réseau HGS de poursuite, télémétrie et télécommunications dans le monde.

Ce sont une vingtaine de corolles blanches qui constituent aujourd'hui la station de Redu. L'ESA VA y construire un nouveau bâtiment d'administration qui doit être inauguré en 2003. VitroCiset projette d'aménager à proximité un hall technique de 800 m² pour ses opérations et pour les activités de maintenance. L'infrastructure ardennaise s'agrandit, misant sur son savoir-faire afin d'être partie prenante dans les programmes de plate-forme lourde Alphabus pour les télécommunications et de la constellation Galileo pour la navigation. La Belgique, pour sa coopération spatiale avec l'Argentine, étudie la possibilité d'y implanter un terminal de réception des données du satellite radar SAOCOM, qui doit être mis en service durant 2005. Les autorités fédérales belges veulent disposer de cette imagerie radar pour la gestion du territoire et pour la cartographie du Congo.

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