Technologie spatiale et textiles

Veste isotherme conçue à l’aide des technologies spatiales
2 août 2002

Courant juillet, les spécialistes du "Réseau de Transfert de Technologie" de l’ESA ont rencontré 72 représentants de 53 entreprises textiles européennes et canadiennes dans le cadre d'un atelier qui s'est déroulé à Lille (France). Cet atelier avait pour objectif d'échanger des idées sur la façon dont la technologie spatiale pourrait contribuer à améliorer les textiles, les fibres, l'habillement et les machines de production textile.

La région lilloise est l'un des centres européens de l'industrie textile, avec plus de 1100 entreprises travaillant dans ce secteur, et il existe un marché de taille équivalente de l'autre côté de la frontière, en Belgique. L'atelier de Lille a été organisé par le Bureau Transfert et promotion des technologies (TTP) de l’ESA, en association avec son réseau de courtiers en technologie représenté par MST Aerospace, D'Appolonia, JRA et Nodal, ainsi qu'avec la Chambre de commerce de Lille qui a accueilli cette manifestation.

Selon Pierre Brisson, Chef du Programme de transfert de technologie de l'ESA, "un grand nombre de technologies spatiales ont déjà été transférées avec succès à des applications non spatiales, sans compter toutes celles, encore plus nombreuses, qui sont déjà prêtes à être utilisées. Notre objectif, dans le cadre de cet atelier, est de continuer à développer ce processus et de constituer des groupes de stylistes, de fabricants de textiles, de distributeurs de vêtements et d'experts en technologie spatiale qui collaborent les uns avec les autres pour proposer de nouvelles applications à mettre en œuvre dans l'industrie textile."

Situation actuelle de l'industrie textile

Ariane launcher textile protects lorries
Protection des camions par des textiles utilisés pour le lanceur Ariane

Au cours des vingt dernières années, un grand nombre de matières synthétiques nouvelles ont vu le jour. Il existe maintenant des fibres ignifugées, thermorésistantes, antibactériennes ou anti-acariens. Ces produits de haute technologie à forte valeur ajoutée, connus sous le nom de textiles techniques, sont utilisés dans différents domaines : voitures, trains, avions, vêtements de protection ou à usage médical, vêtements de sports et de loisirs.

Aujourd'hui, les textiles techniques représentent 38 % de toutes les fibres textiles et constituent le secteur à plus forte croissance dans le domaine des textiles et de l'habillement. Dans les secteurs de la santé et du bâtiment, on ne cesse de mettre au point de nouveaux produits qui, associés à des technologies de pointe, permettent de réaliser des progrès en termes de fonctionnalité et de qualité.

Lille
Lille – centre de l’une des principales régions textiles européennes

Pour Didier Copin, de la Chambre de commerce de Lille, "il est très important d'établir un contact entre nos fabricants de textiles et des spécialistes des hautes technologies comme l'ESA. Sur un marché du textile en pleine croissance, l'innovation s'impose et l'utilisation de la technologie spatiale offre une occasion exceptionnelle d’explorer de nouveaux horizons. Cet atelier est un bon point de départ pour la mise en place d'une collaboration que j'espère active entre l'ESA, les entreprises locales du secteur textile et les industriels faisant appel aux nouveaux textiles".

L'atelier de Lille a réuni des représentants de toute la filière textile (fabricants de machines textiles, de fibres de haute technologie et de textiles classiques, stylistes, producteurs et distributeurs de vêtements pour la confection de masse) ainsi que des experts en technologie spatiale, avec pour résultat une synergie d’idées sans précédent. Les participants ont pu analyser les technologies potentielles de divers points de vue et au regard de différents besoins.

Décathlon, distributeur de vêtements comptant 300 points de vente dans le monde entier, était représenté par Jean-Marc Baudoin, Responsable du développement de textiles pour les équipements de ski. "Nous avons le souci constant d’améliorer nos produits", a déclaré M. Baudoin, "et il est possible d’obtenir de meilleurs résultats sportifs en intégrant des technologies de pointe dans nos équipements. Cet atelier nous a ouvert des perspectives intéressantes et nous a permis d’établir de nouveaux contacts avec des producteurs de textiles".

Le Dr. Eleni Karayianni, de Dupont Textiles & Interiors, a mentionné le développement de textiles "intelligents", à savoir de produits capables de réagir aux conditions ambiantes et de modifier leurs propriétés ou de se prêter à de nouveaux usages. "Les textiles à usage vestimentaire capables d’améliorer notre bien-être sont de toute première importance. Notre objectif, chez Dupont, est de marier de nouveaux produits textiles avec des équipements électroniques tels que capteurs, dispositifs de communication et systèmes mondiaux de localisation. Travailler avec l’ESA nous permettra de mettre en évidence des technologies spatiales susceptibles d’être utilisées en combinaison avec des textiles".

Echange d’idées

Textile industry brainstorm with ESA TTP
Echange d’idées entre industriels du textile et représentants du TTP de l’ESA

L’atelier de Lille a commencé par un tour d’horizon de l’état actuel des connaissances en matière de technologie textile et par la présentation de plusieurs exemples montrant que la technologie spatiale est d’ores et déjà utilisée avec succès dans l’industrie textile. Des séances de "remue-méninges" ont ensuite été organisées autour de quatre grands thèmes: applications médicales, sûreté et sécurité, matériaux intelligents et applications aux textiles. Les nouvelles idées qui se sont dégagées de ces réflexions témoignent de la diversité des domaines dans lesquels la combinaison du textile et de la haute technologie pourrait déboucher sur des produits à valeur ajoutée. Ces produits pourraient être notamment envisagés pour les cas suivants :

  • protection en milieu hostile
  • prévention des maladies cardio-vasculaires
  • surveillance de l’état de fatigue et du taux d’alcoolémie des conducteurs par l’observation des fonctions oculaire et cérébrale
  • surveillance du diabète
  • matériel de rééducation
  • isolation "intelligente", capable de s’adapter en fonction de l’évolution des conditions ambiantes
  • capteurs d’inclinaison et coussins gonflables intégrés dans des vêtements pour protéger les personnes âgées en cas de chute
  • vêtements de sports plus légers, plus solides ou offrant une meilleure absorption d’impact
  • vêtements de travail en milieu stérile qui émettraient un signal en cas de dysfonctionnement
  • vêtements équipés de dispositifs de localisation, pour enfants ou personnes souffrant de la maladie d’Altzheimer.

Sharon Baurley, styliste au Central Saint Martins College of Art and Design (Londres), a expliqué qu’elle cherchait des technologies et des matériaux nouveaux à intégrer à des vêtements adaptés à la vie contemporaine. "Aujourd’hui", dit-elle, "le stylisme s’appuie souvent sur les textiles existants. Pour obtenir toutefois de meilleurs résultats, les fabricants de textiles devraient collaborer avec les stylistes afin de produire des matériaux spécifiquement adaptés au produit final recherché. L’objectif, à terme, est de parvenir à un textile programmable qui puisse être utilisé pour différents produits".

Mise en place d’un réseau pour de nouveaux produits

Mamagoose baby pyjamas
Pyjamas de bébé "Mamagoose"

Yves Pelissier, Secrétaire général de CLUBTEX, association régionale de producteurs de textiles techniques, ainsi que Fatima Esteves, Directrice adjointe du Centre de science et de technologie du textile à l’université de Minho (Portugal), ont souligné que la mise en place d’un réseau renforcerait l’industrie du textile, souvent composée de petites entreprises qui ont du mal à mener des activités de recherche et développement. Fatima Esteves a évoqué une proposition destinée à l’UE, ayant pour objet de "constituer un réseau d’excellence pour les vêtements et les textiles intelligents regroupant une trentaine d’universités, une dizaine d’instituts de recherche et les organisations industrielles concernées. La collaboration avec l’ESA s’inscrirait bien dans cette stratégie.

Prochaine étape

Chaque voiture contient 30 kg de textiles

Le Bureau TTP de l’ESA réfléchit actuellement à la mise en place et au financement d’un certain nombre d’études et de groupes de travail qui seraient chargés de poursuivre l’activité amorcée à Lille. David Raitt, du Bureau TTP de l’ESA, a souligné que l’identification des technologies spatiales applicables aux textiles doit se faire en liaison étroite avec les industriels du secteur. Selon lui, "bon nombre des sociétés représentées à l’atelier ont exprimé le souhait de poursuivre ces travaux avec l’ESA. Nous aimerions également avoir des contacts avec d’autres entreprises du secteur textile qui n’ont pas été en mesure de participer à l’atelier mais qui souhaiteraient prendre part à de futures activités".

Pour tout complément d’information, consulter le site internet du Programme de transfert de technologie (Technology Transfer Programme) de l’ESA.

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