Les chercheurs convaincus de l’utilité du satellite pour suivre les épidémies

A dust storm as seen by MSG-1
Une tempête de poussières vue par Meteosat 8
13 mars 2006

La quantité de données récoltées par les satellites s’accroît à un rythme exponentiel et les chercheurs sont en train de découvrir leur valeur dans la lutte contre le déclenchement des épidémies dans le cadre du projet Epidemio de l’ESA.

« Avant j’avais un avis plutôt négatif sur le rôle que pouvaient jouer les satellites dans la gestion des épidémies, maintenant je suis bien plus positive » déclare Pénélope Vernatsou de l’Institut Tropical Suisse.

Le projet Epidemio, financé par l’ESA, a été démarré en janvier 2004 pour mettre en évidence les possibilités offertes par les données d’observation de la Terre pour l’étude, la surveillance et la prédiction des épidémies.

En utilisant les données qui définissent plus particulièrement les paysages d’une région – les précipitations, la végétation, l’hydrographie, l’altitude, la couverture de poussières et la température – les scientifiques sont à même de déterminer les conditions climatiques qui sont favorables au développement des différents vecteurs épidémiques, ce qui permet d’en déduire où les populations sont le plus en danger.

Image radar de la région d’étude

Alors que le projet touche à sa fin, les épidémiologistes et les utilisateurs des données satellitaires se sont réunis à Frascati, en Italie, pour un atelier sur « Observation de la Terre et épidémiologie », pour rendre compte de l’apport de l’utilisation des satellites dans ce domaine.

Ghislain Moussavou, du Centre International de Recherches Médicales de Franceville (CIRMF), au Gabon, a commencé à étudier la fièvre hémorragique Ebola au Congo et au Gabon, dans l’espoir de détecter des critères environnementaux particuliers associés avec les sites infectés. La fièvre Ebola peut entraîner de forts saignements internes et externes chez les humains et les singes.

En combinant les données recueillies pour le projet Epidemio par le satellite Envisat de l’ESA sur les étendues d’eau, la couverture forestière et des modèles numériques de terrain, avec des relevés faits sur le terrain, Ghislain Moussavou et son équipe ont été capables de relier l’épidémie avec l’aridité et les sècheresses.

Pour Ghislain Moussavou, l’identification de ces facteurs va permettre aux autorités de prévenir les villageois des régions concernées lorsque les risques de transmission sont élevés et qu’ils doivent prendre davantage de précautions. « Comme il n’existe aucun traitement pour prévenir ou soigner Ebola, la prévision et la prévention sont nécessaires ».

La sècheresse est également favorable au développement de la méningite, une inflammation du cerveau et de la moelle épinière. Les épidémies démarrent presque toujours au début de la saison sêche, lorsque le temps est chaud et l’air chargé de poussières. Pour ces raisons, l’ESA a fourni des cartes des concentrations en poussières pour les régions à haut risque pour aider à la mise en place d’un système d’alerte préventive.

Dans le cadre d’Epidemio, Christelle Barbey, de la société française Silogic, travaille actuellement à la réalisation de cartes des concentrations en poussières soulevées par le vent en Afrique. Ses résultats définitifs sont en cours d’achèvement, mais, à partir des données Meteosat elle a pu détecter 100% des événements déjà connus et déterminer que ces cartes correspondent bien à un besoin des acteurs impliqués dans la lutte préventive contre la méningite.

Le projet Epidemio – financé par la partie consacrée aux utilisateurs de données du Programme Enveloppe pour l’Observation de la Terre de l’ESA – arrive au terme de sa mission de deux ans en avril 2006, mais les travaux qui ont été engagés sous son égide aideront les utilisateurs pour la poursuite de leurs recherches et permettront le démarrage de nouveaux projets.

Giuseppe Ottavianelli et Aude de Clercq, de la société néerlandaise HISTAR Solutions, sont actuellement impliqués dans un projet, soutenu par un financement de l’Incubateur Spatial Européen de l’ESA (ESI), dont l’objectif est de confirmer les déclenchements d’épidémies de paludisme en Afrique prévues par l’étude des données satellitaires.

Les moustiques sont le vecteur du paludisme

Pour cela, ils ont conçu un prototype de capteur qui se présente comme un boîtier capable de détecter les moustiques qui le survolent. Les données recueillies par le capteur sont ensuite traitées par un logiciel intégré. Ces boîtiers seront placés sur des habitations dans les villages africains à haut risque. Ils pourront indiquer le nombre et les espèces des moustiques détectés.

Le paludisme est transmis par la femelle du moustique de l’espèce Anophèle. Si le capteur détecte leur présence en grand nombre, les autorités publiques seront alertées afin que des mesures préventives puissent être prises.

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