Dernière étape pour l’odyssée arctique de Gilles Elkaïm

En quatre ans, 12 000 km dans le grand nord sibérien.
30 mars 2004

L’explorateur français Gilles Elkaïm, parti du Cap Nord (Norvège) en mai 2000, a largement entamé la septième et dernière étape de son périple de 12 000 km en solitaire le long des côtes de l’Océan Glacial Arctique pour rallier l’Atlantique au Pacifique, à pied, en kayak, à ski, en traîneau à rennes ou à chiens... et avec l’aide des satellites.

L’expédition « Arktika » approche de son but. Gilles Elkaïm et ses douze chiens de traîneau, qui avaient établi leurs quartiers d’été en mai dernier dans une base militaire désaffectée à proximité du cap Chelagsky, le point le plus au nord de la région la plus orientale de la Russie, la Tchoukotcha, ont repris leur périple dans la nuit polaire le 14 janvier. Face à eux: 1 500 km de banquise chaotique à affronter dans un climat de tempête permanente pour atteindre le Détroit de Béring et achever la première traversée de l’Arctique eurasien sans moyen mécanique et sans assistance.

Gilles Elkaïm

Aventurier de l’extrême, Gilles Elkaim n’en est pas à son coup d’essai. Depuis 20 ans, ce physicien nucléaire de 43 ans s’est pris d’une réelle passion pour les expéditions dans les derniers sanctuaires naturels de la planète, du Sahara au Groenland et de la Papouasie-Nouvelle Guinée au fin fond de la Sibérie. Avec 10 000 km déjà parcourus à travers la toundra sibérienne, il est en passe de réussir son nouveau pari.

Au cours de ses huit mois d’« été », Gilles Elkaïm a expérimenté la rude vie de chasseur du Grand Nord, poursuivant ainsi son étude sur l’adaptation physique et mentale en milieu polaire. Sa cabane étant située sur la route de migration automnale des ours blancs, il n’a pas manqué de faire de nombreuses rencontres avec les plus gros plantigrades de la planète.

L’ultime étape est loin d’être une partie de plaisir. Les conditions météorologiques en Tchoukotcha durant la nuit polaire sont exceptionnellement difficiles. Les vents sont permanents et les blizzards fréquents. L’aventurier a passé de longs mois à préparer méticuleusement son matériel. Les produits de la chasse ont permis la confection de nouveaux vêtements de fourrure permettant de supporter des températures de –50°C. La tente qui s’engage dans son quatrième hiver a dû être recousue et sa charpente reconstruite avec les moyens du bord.

L’apport des technologies spatiales

Nuages sur la Tchoukotcha.

L’aventurier a également bénéficié du soutien de l’Agence spatiale européenne, partenaire de l’expédition. Ainsi, des tests d’analyses de cartes satellitaires réalisées par les satellite Envisat et ERS2 ont été réalisés avec le concours d’experts de l’Institut Nansen de Saint-Pétersbourg. Ces informations peuvent permettre à Gilles Elkaïm d’affiner son itinéraire sur la banquise extrêmement chaotique de la Mer de Sibérie Orientale, la Mer des Tchouktches et la Mer de Béring. Ces options de route tentent d’éviter les zones de pack en mouvement ou les polynies (zones de glace jeune très mince) qui rendent la progression extrêmement dangereuse avec un traîneau chargé d’une demi-tonne de vivres et matériel. Des ingénieurs de l’ESA, spécialistes en structures, ont également conseillé l’aventurier pour la réparation des patins de ce traîneau, fissurés lors d’une chute dans un canyon l’hiver précédent, et qui ont été consolidés à l’aide de lames de plastique haute densité.

Car au-delà de l’aventure humaine, l’expédition « Arktika » est aussi un projet technologique. Le milieu traversé, la toundra sibérienne, est le milieu le plus hostile de l'hémisphère nord. En hiver, les températures peuvent descendre à -70°C et les amplitudes thermiques entre l'été et l'hiver atteignent 100°C. Les vents et l'humidité sont permanents le long des côtes de l'Océan Glacial Arctique et l'exposition aux rayonnements ultraviolets est intense au printemps et en été. Cet environnement hostile permet de tester le matériel électronique dans des conditions extrêmes.

Parmi les technologies spatiales utilisées par Gilles Elkaim, un téléphone satellite.

A cet effet, dans le cadre de son programme de transfert de technologies, l’ESA a équipé l’explorateur d’un ordinateur, de deux balises (pour le positionnement et pour les signaux de détresse) et de moyens de communication par satellite qui lui permettent de rester en contact avec son équipe de soutien et d’alimenter régulièrement le site internet de l’expédition, même lorsque la température dans sa tente avoisine les –30°C !

Ce sont ces moyens de communications qui lui ont permis de recevoir les informations établies à partir des observations collectées par les radars d’Envisat et d’ERS-2, capables de différencier les différents types de glaces de la banquise. Les corrélations avec les observations effectuées par l’explorateur au niveau du sol sont précieuses pour parfaire l’interprétation de ces données.

Développées à l’origine pour le secteur spatial, qui se caractérise également par des environnements très hostiles, ces technologies démontrent leur capacité à faciliter la vie et le travail des explorateurs en conditions extrêmes. Ces technologies ont rendu possible l’expédition de Gilles Elkaïm et lui ont permis de visiter ces régions inaccessibles de l’Arctique sibérien.

Clair de Lune sur la banquise

En quatre ans, outre une aventure humaine et technologique exceptionnelle, l’explorateur français a vécu la rencontre avec quelques-uns des peuples les plus isolés de la planète : Saami de la péninsule de Kola, Nénets de Yamal, Dolganes et Nganassanes de Taïmir, Evenks, Evènes et Youkhaguirs de Yakoutie, Tchouktches et Yuits de Tchoukotcha. Marié à une Sibérienne et parlant russe couramment, il a pu s’adapter à leur mode de vie traditionnel afin d’en rapporter des documents authentiques pour sensibiliser l’opinion publique à la préservation de l’environnement et des minorités ethniques.

Gilles Elkaïm est attendu au Détroit de Béring dans le courant du printemps.

Pour plus d’informations, veuillez contacter :

Pierre Brisson
Programme de transfert de technologies de l’ESA
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Fax : +31 71 565 6635
Courriel : pierre.brisson @ esa.int

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ESA, Bureau de Moscou
Tél. : +7 095 928 7529
Courriel : Alain.Pierre.Fournier-Sicre @ esa.int

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